ACTE DEUXIÈME
GONTHIER
Mais je n’ai rien, je t’assure.
BERTHE
Tu as quelque chose!
GONTHIER
Eh bien! Il y a que j'ai manqué de flanquer Herbert à la porte. C’est un vilain bonhomme.
LOUISE
Qu'est-ce qu'il a fait? Rien ne m'étonne de lui.
GONTHIER
Oui, mais tout de même, je ne m'attendais pas à cela! J'admets que le mariage de Berthe le défrise, mais de là à employer de pareils moyens.
Mais qu'est-ce qu'il a fait?
GONTHIER
Eh bien! ma foi, tant pis! Je te raconte tout ça... Je lâche le paquet! Il m'a apporté de soi-disant billets qui auraient été signés par Henri, d’après lesquels Henri s’engagerait à payer une somme de cinquante mille francs après son mariage.
LOUISE
Mais qu'est-ce que ça veut dire, ça?
GONTHIER
Ça veut dire que cet Henri ne serait pas du tout le garçon que nous avons cru. Ce serait un imposteur qui a cherché à se procurer de l’argent en faisant un riche mariage! Tout simplement!
LOUISE
Et Herbert a le toupet de prétendre une chose pareille?
GONTHIER
Et de me montrer des billèts signés d'Henri.
JEANNE, doctorale.
Voyons... Il s’agit de lettres de change, avalisées par Henri, et qu’un tiers porteur devrait négocier?
Oui, oui...
LOUISE
Et vous avez flanqué Herbert à la porte?
| GONTHIER
C'est-à-dire que j'étais tellement ahuri que je l'ai laissé partir, comme ça, tout tranquillement, mais il était à peine descendu que je voulais le rappeler pour le mettre à la porte!
LOUISE
Quel vilain homme que cet Herbert!
LÉONTINE, entrant.
Monsieur, voici ce qu’on vient d'apporter de la part de monsieur Henri.
GONTHIER, ouvre la lettre.
C'est trop fort! (11 tombe assis.) Ah! mon enfant! (A Berthe.) Ah! ma pauvre fille, c’est une lettre d'Henri qui s’accuse lui-même. Voilà : « Monsieur. Je ne suis pas du tout celui que vous croyez... Je n'ai jamais eu la position que je vous ai annoncée. Je ne gagne pas soixante mille francs par an, et je suis un purotin, un purotin!... » Il répète «un purotin ».….. Il souligne...