‹ ThéâtreChapitre 65 sur 250 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

temps derniers. On y avait complètement perdu votre trace. Et c’est le valet de chambre de Berthe qui, en passant dans la rue, vous a aperçu derrière la vitrine, par le plus grand des hasards... Il en a fait la confidence à Léontine, la femme de chambre. Or, Léontine n’a pas de secrets pour moi. Je lui ai bien recommandé de n’en pas souffler mot à Berthe... Mais, enfin, c'est inouï que vous l’ayez quittée comme ca, sans écrire un mot, à elle, et que vous n’ayez pas cherché à la revoir!

HENRI

Mais elle, a-t-elle cherché à me revoir?

LOUISE, l'imitant.

Mais elle, a-t-elle cherché à me revoir? C’est ce qu'on appelle des gens qui s'aiment, mettons. qui se sont aimés. Ils font de la dignité... Entre des gens de cette espèce, rien ne se passe comme chez les personnes ordinaires... qui, elles, au moins, tâchent de s'expliquer... (Un temps.) Vous ne voulez pas .vous expliquer... Vous êtes comme des petits enfants qui ont le cœur gros... Berthe, encore, ça se. comprend qu'elle n’ait pas cherché à vous revoir... Avait-elle seulement votre adresse?

Elle savait à quel hôtel j'étais. J'ai envoyé deux fois par jour à cet hôtel pour voir s’il n’était rien arrivé à mon nom.

LOUISE

Et puis, vous écrivez une lettre où vous vous représentez vous-même comme la dernière des canailles. Moi, je n’y crois pas à votre lettre. Elle est peut-être. vraie... mais jamais vous ne me le ferez croire.

HENRI

Elle y a cru, elle!

LOUISE

Elle y a cru parce que cela faisait son malheur... Elle y a cru parce qu’elle n’a pas osé ne pas y croire. Mais rien de ce que vous lui disiez n’était vrai, n’estce pas?

HENRI, avec effort.

Tout était vrai.

LOUISE

Oui! C’est curieux! Plus vous me le dites, moins j'y crois. Je ne peux pas m’habituer à vous considérer comme une canaille. Je ne vous vois pas faisant le mal. Je vous verrais, de mes yeux, ouvrant le coffrefort de votre patronne que je donnerais tort à mes yeux... Je dirais qu'ils se trompent et que j'ai quelque chose en moi-même de plus sûr que mes yeux.

Voilà ce qu’elle aurait dû me dire!

LOUISE

Oui, mais elle n’a pas pour vous, comme moi, des sentiments de simple amitié. Elle ne vous aime que d'amour, elle! Alors elle n’a pas confiance... Mais ce n’est pas seulement pour vous dire ça que je suis venue ici. Je veux que vous voyiez Berthe... (Silence.) Je veux que vous voyiez Berthe... (Nouveau silence.) Il ne répondra rien. Ah ! vous vous valez bien, elle et vous!

HENRI

Elle n’a pas accepté de me voir?

LOUISE

Elle ne sait pas qu'elle vous verra. Je l’amènerai ici. Si je lui proposais de venir, elle en mourrait d'envie, mais sa dignité l’en empêcherait..… Elle viendra tout à l'heure choisir des meubles.

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