‹ ThéâtreChapitre 84 sur 250 · SCÈNE PREMIÈRE SOPHIE, GAMARÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE SOPHIE, GAMARÉ

SOPHIE

On a frappé. (Elle va à la porte premier plan, à droite.) Entrez, monsieur Gamaré.

GAMARÉ, artilleur de 2° classe.

Excusez-moi. J’ai travaillé jusqu’à sept heures au bureau du chef: Et il y a loin de Vincennes à Ia rue de la Victoire. Même avec le métro.

SOPHIE

Vous travaillez au bureau du chef”?

GAMARÉ.

Je suis scribe. Avant de faire mon service, j'étais comptable à Nancy. C’est même là que j'ai connu le

contrôleur du concert de la Pépinière, ce qui m’a donné Foccasion d'aller à ce café-chantant et ce qui m'a permis de vous y rencontrer.

SOPHIE, allant à gauche, premier plan.

Je vous demande pardon, je vais ouvrir cette porte. Elle donne sur le couloir qui conduit chezla veuve Tontaine.

GAMAREÉE.

La veuve Tontaine ?

SOPHIE

C'est madame. Elle est couchée. Mais si par hasard, elle se relevait, on l’entendrait bouger.

GAMARÉ, inquiet.

Et si elle me voyait ici, elle ne serait pas contente?

SOPHIE

S1. Elle serait très contente. Elle aurait une occasion de me mettre à la porte. Et puis une occasion de crier. Elle aime beaucoup ça.

GAMAREÉ.

Elle a mauvais caractère.

SOPHIE

Depuis qu'elle à été nommée professeur au Lycée Racine. Ça lui a pris le jour de sa nomination. Elle est tout le temps sur mon dos à me faire des observations. L'autre jour, pour aller au concert, ç’a été la croix et la bannière. Elle ne me laisse pas sortir le soir, ni même Faprès-midi toute seule.

GAMARÉ, lui passant la main autour de la taille et l'embrassant.

Elle a raison! Elle a raison!

SOPHIE

Comment? Elle a raison?

GAMARÉ.

Moi si j'habitais avec vous, je vous empêcherais bien de mal tourner... de mal tourner avec les autres.

SOPHIE, allant écouter.

Ce n’est rien. J’avais cru l'entendre bouger... Elle s’est couchée de bonne heure parce que demain elle se lève de bonne heure pour son cours. Je crois que nous allons être tranquilles... Voulez-vous vous rafraichir?

Je ne suis pas venu ici pour ça.

SOPHIE

Voulez-vous un peu d’eau-de-vie?

GAMAREÉ.

Non. Je mangerais plutôt un peu de viande froide. J'ai dîné à six heures et demie. Je commence à avoir

l'estomac creux. Mais si vous n’en avez pas,ne vous dérangez pas.

SOPHIE

J'ai la moitié du gigot de tout à l'heure.

| Elle le sert sur la table.

GAMARÉ.

Oh! ça me suffira. Avec une bouteille de vin et un quart de fromage.

SOPHIE

Et un morceau de tarte. Il m’en reste de midi.

GAMARÉ.

Ça me suffira tout à fait.

SOPHIE

Vous prendrez bien un peu de café par là-dessus?

Jamais avant!

SOPHIE

Jamais avant?

GAMARÉ.

Jamais avant ce qui va se passer.

SOPHIE

Mais qu'est-ce que vous croyez qu'il va se passer ?

GAMARÉ.

Il va se passer quelque chose.

SOPHIE

Jamais de la.vie, par exemple!

GAMARÉ.

Oui, les femmes disent toujours : non, et Jamais. (11 l'embrasse.) Je t'aime. Et tu vas voir comme je sais aimer... aussitôt que j'aurai mangé du gigot froid.

SOPHIE

Allons, mettez-vous à table.

GAMARÉ, mangeant.

Le gigot froid, c’est excellent... (S'arrêtant.) C’est égal, si cette brave dame, la veuve Tontaine, savait que je viens lui manger la viande de bout 1erie qu’elle paie avec son argent.

SOPHIE

Ça vous gêne?

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