SCÈNE II VEUVE TONTAINE, SOPHIE
VEUVE TONTAINE
Vous, vous alliez sortir!
SOPHIE
Non, madame.
7” VEUVE TONTAINE
Vous, vous alliez sortir. Je vois ça à votre figure. On ne me cache rien à moi...
SOPHIE
J’affirme à madame que je n’avais pas l'intention de sortir.
VEUVE TONTAINE
Vous mentez! Vous mentez effrontément. D'ailleurs, je sais un moyen bien simple de vous en empêcher.
(Elle tourne la clef de la porte, à droite, premier plan, et met la clef dans sa poche.) Vous ne sortirez plus, ma fille.
SOPHIE
Mais madame!
VEUVE TONTAINE
Il n’y a pas de : mais madame!
SOPHIE
Mais madame, je n’ai pas descendu mes épluchures.
VEUVE TONTAINE
Vous les descendrez demain. Ou plutôt, descendezles tout de suite. Je vous attendrai ici. Votre boîte à épluchures est dans ce petit cabinet.
Elle va à la porte de droite, au fond.
SOPHIE, l’arrêtant.
Non madame. Je me souviens maintenant. J’ai descendu ma boîte tout à l'heure.
VEUVE TONTAINE
Il faudrait savoir un peu mieux que ça ce que vous avez fait ou ce que vous avez à faire. Dépêchez-vous de vous coucher. Je m'en vais dans ma chambre.
Elle sort.
SUÈNE III SOPHIE, GAMARÉ.
SOPHIE, ouvrant à Gamaré.
Oh! si vous saviez ce qui m'arrive. Elle a fermé l’escalier de service et elle a pris la clef.
GAMARÉ.
Ça m'est égal. J’ai ma nuit.
SOPHIE
Mais comment est-ce que vous ferez pour vous en aller demain.
GAMARE.
Je partirai vers trois, quatre heures du matin. Et je descendrai par le grand escalier.
SOPHIE
C'est une idée. La porte n’est fermée qu’au verrou. Et ça s'ouvre sans clef depuis le dedans.
GAMARÉ.
Tu vois que tout s'arrange très bien. Allons, dépêche-toi.
SOPHIE
Je ne suis guère en train.
GAMARÉ.
Moi, je suis très en train. C’est l'essentiel.
SOPHIE
Il faut toujours en passer par où vous voulez. Je vais vous mettre votre café sur le feu pour qu'il soye bien chaud tout à l'heure.
GAMARÉ.
Bouillant, bouillant, bouillant. Avec deux petits verres de rhum qu'il faudra verser en tournant aussitôt qu’il aura commencé à bouillir... Viens! j'ai des idées.
SOPHIE
Ah bien, revoilà madame!
GAMARÉ.
Ah! bien, c’est embétant à la fin. Moi, quand j'ai des idées, j'aime pas qu'on me dérange.
Il entre dans le petit cabinet.