‹ ThéâtreChapitre 177 sur 314 · ACTE III. — LE ROI · texte numérisé non relu

ACTE III. — LE ROI

Un cuistre, un de ces fous lugubres et sans flammes Qui pensent qu'il suffit, pour que toutes les femmes Et tous les cœurs charmés se rendent devant eux, De pousser des soupirs avec un air piteux!

BLANCHE, le repoussant.

Laissez-moi! — Malheureuse!

LE ROL

Oh! sais-tu qui nous sommes? La France, un peuple entier, quinze millions d'hommes. Richesse, honneurs, plaisirs, pouvoir sans frein ni loi. Tout est pour moi, tout est à moi, je suis le roi! Eh bien! du souverain tu seras souveraine. Blanche! je suis le roi, toi, tu seras la reine!

BLANCHE

La reine! et votre femme. f"

LE ROI, riant.

Innocence! ô vertu!

Ah! ma femme n'est pas ma maîtresse, vois-tu.''

BLANCHE

Votre maîtresse! oh! non! quelle honte!

LE ROL

La fière!

BLANCHE

Je ne suis pas à vous, non, je suis à mon père!

LE ROL

Ton père! mon bouffon, mon fou! mon Tri boulet! Ton père! il est à moi! j'en fais ce qui me plaît! Il veut ce que je veux!

BLANCHE, pleurant amèrement et la tête dans ses mains.

O Dieu! mon pauvre père!

Quoi ! tout est donc à vous !

Elle sanglote. Il se jette à ses pieds pour la consoler.

LE ROI, avec ua accent attendri.

Blanche! oh! tu m'es bien chère!

Blanche, ne pleure plus. Viens sur mon cœur!

Jamais!

BLANCHE, résistant.

LE ROI, tendrement.

Tu ne m'as pas cncor redit que tu m'aimais.

BLANCHE

Oh! c'est fini !

LE ROI

Je t'ai, sans le vouloir, blessée.

Ne sanglote donc pas comme une délaissée. Oh! plutôt que de faire ainsi pleurer tes yeux, J'aimerais mieux mourir. Blanche! j'aimerais mieux Passer dans mon royaume et dans ma seigneurie Pour un roi sans courage et sans chevalerie ! Un roi qui fait pleurer une femme ! ô mon Dieu ! Lâcheté !

BLANCHE, égarée et sanglotant.

N'est-ce pas, tout ceci n'est qu'un jeu .'' Si vous êtes le roi, j'ai mon père. Il me pleure. Faites-moi ramener près de lui. Je demeure Devant l'hôtel Cossé. Mais vous le savez bien. Oh! qui donc êtes-vous.^ je n'y comprends plus rien. Comme ils m'ont emportée avec des cris de fête ! Tout ceci comme un rêve est brouillé dans ma tête.

Pleurant.

Je ne sais même plus, vous que j'ai cru si doux, Si je vous aime encor !

Reculant avec un sursaut de terreur.

Vous roi ! — J'ai peur de vous !

LE ROI, cherchant à la prendre dans ses liras.

Je vous fais peur, méchante!

BLANCHE, le repoussant.

Oh ! laissez-moi !

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