ACTE IV. — BLANCHE
MAGUELONNE
Oh! le fat!
LE ROI
Je t'assure.
Cà, tu m'as ce matin mené dans ta masure, Méchante hôtellerie où l'on dîne fort mal Avec du vin que fait ton frère, un animal Fort laid, et qui doit être un drôle bien farouche D'oser montrer son mufle à côté de ta bouche. C'est égal. Je prétends y passer cette nuit.
MAGUELONNE, à part.
Bon. Cela va tout seul!
Au roi, qui veut encore l'embrasser.
Laissez-moi !
Que de bruit!
Soyez sage !
MAGUELONNE
LE ROL
Voici la sagesse, ma chère.
— Aimons, et jouissons, et faisons bonne chère. — Je pense là-dessus comme feu Salomon.
MAGUELONNE
Tu vas au cabaret plus souvent qu'au sermon.
LE ROI, lui tendant les bras.
Maguelonne!
MAGUELONNE, lui échappant.
Demain!
LE ROI
Je renverse la table Si tu redis ce mot sauvage et détestable. Jamais une beauté ne doit dire demain.
MAGUELONNE, s'apprivoisant tout d'un coup et venant s'asseoir gaîment à table auprès du roi.
Eh bien, faisons la paix.
LE ROI, lui prenant la main.
Mon Dieu, la belle main! Et qu'on recevrait mieux, sans être un bon apôtre, Soufflets de celle-là que caresses d'une autre !
MAGUELONNE, charmée.
Vous vous moquez!
LE ROL
Jamais!
MAGUELONNE
Je suis laide.
LE ROL
Oh! non pas!
Rends donc plus de justice à tes divins appas! Je brûle! Ignores-tu, reine des inhumaines, Comme l'amour nous tient, nous autres capitaines, Et que, quand la beauté nous accepte pour siens, Nous sommes braise et feu jusque chez les russiens!
MAGUELONNE, éclatant de rire.
Vous avez lu cela quelque part dans un livre.
LE ROI, à part.
C'est possible.
Haut.
Un baiser!
M.'^GUELONNE.
Allons, vous êtes ivre!
LE ROI, souriant.
D'amour!
Vous vous raillez, avec votre air mignon, Monsieur l'insouciant de belle humeur!
LE ROI
Oh! non.
Le roi l'embrasse.