ACTE IV. — BLANCHE
BLANCHE
Asile pour la nuit!
Il va faire un fier somme!
MAGUELONNE
Oui, la nuit sera longue.
BLANCHE
Ouvrez!
SALTABADIL, à Maguelonne.
Attends! — Mortdieu!
Donne-moi mon couteau que je l'aiguise un peu.
Elle lui donne son couteau, qu'il aiguise au fer d'une faulx. BLANCHE.
Ciel! j'entends le couteau qu'ils aiguisent ensemble!
MAGUELONNE
Pauvre jeune homme, il frappe à son tombeau.
BLANCHE
Je tremble!
Quoi! je vais donc mourir!
Tombant à genoux.
O Dieu, vers qui je vais.
Je pardonne à tous ceux qui m'ont été mauvais,
— Mon père, et vous, mon Dieu! pardonnez-leur de même, Au roi François premier, que je plains et que j'aime,
A tous, même au démon, même à ce réprouvé,
Qui m'attend là, dans l'ombre, avec un fer levé!
J'offre pour un ingrat ma vie en sacrifice.
S'il en est plus heureux, oh! qu'il m'oublie! — et puisse.
Dans sa prospérité que rien ne doit tarir.
Vivre longtemps celui pour qui je vais mourir!
Se levant.
— L'homme doit être prêt!
Elle va frapper de nouveau à la porte. MAGUELONNE, à Saltabadil.
Hé! dépêche, il se lasse.
SALTABADIL, essayant sa lame sur la table.
Bon. — Derrière la porte attends que je me place.
BLANCME.
J'entends tout ce qu'il dit! Oh!
Saltabadil se place derrière la porte de manière qu'en s'ouvrant en dedans elle le cache à la personne qui entre sans le cacher au spectateur.
MAGUELONNE, à Saltabadil.
J'attends le signal.
SALTABADIL, derrière la porte, le couteau à la main.
Ouvre.
MAGUELONNE, ouvrant a Blanche.
Entrez.
BLANCHE, à part.
Ciel! il va me faire bien du mal!
Elle recule.
Eh bien! qu'attendez-vous .^
BLANCHE, avec horreur, k part.
La sœur aide le frère.
— O Dieu! pardonnez-leur! — Pardonnez-moi, mon père!
Elle entre. Au moment où elle paraît sur le seuil de la cabane, on voit Saltabadil lever son poignard. La toile tombe.