ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT
PREMIER HOMME
Fais en sorte qu'il vienne à Ferrare.
DEUXIÈME HOMME
Cela se fera de soi-même, monseigneur. Il part après-demain pour Ferrare avec plusieurs de ses amis, qui font partie de l'ambassade des sénateurs Tiopolo et Grimani.
PREMIER HOMME
C'est bien. Les rapports qu'on m'a faits étaient exacts. J'en ai assez vu, te dis-je; nous pouvons repartir.
Ils sortent.
DONA LUCREZIA, joignant les mains et presque agenouillée devant Gcnnaro.
O mon Dieu, qu'il y ait autant de bonheur pour lui qu'il y a eu de malheur pour moi!
Elle dépose un baiser sur le front de Gcnnaro, qui s'éveille en sursaut.
GENNARO, saisissant par les deux bras Lucrezia interdite.
Un baiser! une femme! — Sur mon honneur, madame, si vous étiez reine et si j'étais poète, ce serait véritablement l'aventure de messire Alain Charrier, le rimeur français. — Mais j'ignore qui vous êtes, et moi je ne suis qu'un soldat.
DONA LUCREZIA
Laissez-moi, seigneur Gennaro!
GENNARO
Non pas, madame!
Voici quelqu'un!
DONA LUCREZIA
Elle s'enfuit, Gennaro la suit.