ACTE r. — AFFRONT SUR AFFRONT
Il est vrai qu'ils ne pouvaient guère faire autrement, étant désignés par le sénat pour faire partie de l'ambassade qui est arrivée l'autre semaine.
DONA LUCREZIA
Oh ! il me hait et me méprise maintenant, et c'est leur faute. — - Ah ! Gubetta, je me vengerai d'eux!
GUBETTA
A la bonne heure, voilà parler. Vos fantaisies de miséricorde vous ont quittée. Dieu soit loué! Je suis bien plus à mon aise avec votre altesse quand elle est naturelle comme la voilà. Je m'y retrouve au moins. Voyez-vous, madame, un lac, c'est le contraire d'une île; une tour, c'est le contraire d'un puitS; un aqueduc, c'est le contraire d'un pont; et moi, j'ai l'honneur d'être le contraire d'un personnage vertueux.
DONA LUCREZIA
Genaaro est avec eux. Prends garde qu'il ne lui arrive rien.
GUBETTA
Si nous devenions, vous une bonne femme, et moi un bon homme, ce serait monstrueux.
DONA LUCREZIA
Prends garde qu'il n'arrive rien à Gennaro, te dis-je !
GUBETTA
Soyez tranquille.
DONA LUCREZIA
Je voudrais pourtant bien le voir encore une fois.
GUBETTA
Vive Dieu ! madame, votre altesse le voit tous les jours. Vous avez gagné son valet pour qu'il déterminât son maître à prendre logis là, dans cette bicoque, vis-à-vis votre balcon, et de votre fenêtre grillée vous avez tous les jours l'ineffable bonheur de voir entrer et sortir le susdit gentilhomme.
DONA LUCREZIA
Je dis que je voudrais lui parler, Gubetta.
GUBETTA
Rien de plus simple. Envoyez-lui dire par votre porte-chape Astolfo que votre altesse l'attend aujourd'hui à telle heure au palais.
DONA LUCREZIA
Je le ferai, Gubetta. Mais voudra-t-il venir?
GUBETTA
Rentrez, madame; je crois qu'il va passer ici tout à 1 heure avec les étourneaux en question.
DONA LUCREZIA
Te prennent-ils toujours pour le comte de Belverana ?
GUBETTA
Ils me croient espagnol depuis le talon jusqu'au sourcil. Je suis un de leurs meilleurs amis. Je leur emprunte de l'argent.
DONA LUCREZIA
De l'argent ! et pourquoi faire ?
GUBETTA
Pardieu ! pour en avoir. D'ailleurs, il n'y a rien qui soit plus espagnol que d'avoir l'air gueux et de tirer le diable par la queue.
DONA LUCREZIA, à part.
O mon Dieu ! faites qu'il n'arrive pas malheur .à mon Gennaro !
Et à ce propos, madame, il me vient une réflexion.
DONA LUCREZIA
Laquelle .''
GUBETTA
C'est qu'il huit que la queue du diable lui soit soudée, chevillée et vissée à l'échiné d'une façon bien triomphante, pour qu'elle résiste à l'innombrable multitude de gens qui la tirent perpétuellement!
DONA LUCREZIA
Tu ris à travers tout, Gubetta. ,
GUBETTA
C'est une manière comme une autre.