‹ ThéâtreChapitre 256 sur 314 · GUBETTA, GENNARO, MAFFIO, JEPPO, ASCANIO, DON APOSTOLO, OLOFERNO · texte numérisé non relu

GUBETTA, GENNARO, MAFFIO, JEPPO, ASCANIO, DON APOSTOLO, OLOFERNO

MAFFIO, bas.

Vous direz ce que vous voudrez, messieurs, on peut se dispenser de venir à Ferrare quand on a blessé au cœur madame Lucrèce Borgia.

DON APOSTOLO

Que pouvions-nous faire ? le sénat nous envoie ici. Est-ce qu'il y a moyen d'éluder les ordres du sérénissime sénat de Venise r Une fois désignés, il thÉÂtxe. — II. 3'

lut mllEriE TATtO^ALC.

fallait partir. Je ne me dissimule pourtant pas, Maffio, que la Lucrezia Borgia est en effet une redoutable ennemie. Elle est la maîtresse ici.

JEPPO.

Que vcux-tu qu'elle nous fasse, Apostolo .'' Ne sommes-nous pas au service de la république de Venise .■' Ne faisons-nous pas partie de son ambassade.'' Toucher à un cheveu de notre tête, ce serait déclarer la guerre au doge, et Ferrare ne se frotte pas volontiers à Venise.

GENNARO, rêveur dans un coin du théâtre, sans se mêler à la conversation.

O ma mère! ma mère! Qui me dira ce que je puis faire pour ma pauvre mère!

MAFFIO

On peut te coucher tout de ton long dans le sépulcre, Jeppo, sans toucher à un cheveu de ta tête. Il y a des poisons qui font les affaires des Borgia sans éclat et sans bruit, et beaucoup mieux que la hache et le poignard. Rappelle-toi la manière dont Alexandre six a fait disparaître du monde le sultan Zizimi, frère de Bajazet.

OLOFERNO.

Et tant d'autres.

DON APOSTOLO

Quant au frère de Baj-izet, son histoire est curieuse, et n'est pas des moins sinistres. Le pape lui persuada que Charles de France l'avait empoisonné le jour où ils firent collation ensemble; Zizimi crut tout, et reçut des belles mains de Lucrèce Borgia un soi-disant contre-poison qui, en deux heures, délivra de lui son frère Bajazet.

JEPPO.

Il paraît que ce brave turc n'entendait rien à la politique.

MAFFIO

Oui, les Borgia ont des poisons qui tuent en un jour, en un mois, en un an, à leur gré. Ce sont d'infâmes poisons qui rendent le vin meilleur, et font vider le flacon avec plus de plaisir. Vous vous croyez ivre, vous êtes mort. Ou bien un homme tombe tout à coup en langueur, sa peau se ride, ses yeux se cavent, ses cheveux blanchissent, ses dents se brisent comme verre sur le painj il ne marche plus, il se traîne; il ne respire plus, il râle; il ne rit plus, il ne dort plus, il grelotte au soleil en plein midi; jeune homme, il a l'air d'un vieillard; il agonise ainsi quelque temps, enfin il meurt. Il meurt; et alors on se souvient qu'il y a six mois ou un an il a bu un verre de vin de Chypre chez un Borgia. Se retournant.

— Tenez, messeigncurs, voilà justement Montefeltro, que vous con-

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