SCÈNE IV RUSTIGHELLO, ASTOLFO
Les voilà bien! Il y a toujours un tas Je gens inutiles qui viennent vous déranger dans vos opérations, et qui ne savent que fourrer le nez aux choses secrètes que vous pouvez faire. Et puis, après cela, quand on veut les mer, ils font les étonnés et ont l'air de ne pas s'être attendus à cela. C'est cependant bien naturel. Il me faut le secret, je tue les curieux. C'est le moyen connu. Il n'y en a pas d'autre.
ASTOLFO.
Rustighello, je t'en conjure...
RUSTIGHELLO.
Je vous demande un peu ce que deviendraient les gouvernements si les gens pouvaient regarder dans les choses et en parler après à leur fantaisie! Tu t'es mis dans un mauvais cas, Astolfo!
ASTOLFO.
Rustighello, je te laisse l'homme. Fais-en ce qu'il te plaira. Mais laisse-moi partir d'ici. Tu ne voudras pas ma mort, à moi! J'ai épousé ta sœur, nous sommes frères.
RUSTIGHELLO.
Qu'est-ce que cela fait? On voit bien que ru n'entends rien à la politique.
ASTOLFO.
Rustighello !
RUSTIGHELLO.
AUons, va-t'en, pleureur! Tu n'entends rien aux affaires, je te dis. Tu me fais manquer à mon devoir. Mais n'y reviens pas une autre fois. Et surtout pas un mot de tout ceci à madame Lucrèce.
ASTOLFO.
Sois tranquille! Adieu, mon bon Rustighello! Que le ciel et ses anges soient avec toi !
RUSTIGHELLO.
Va-t'en au diable!
Astolfo sort.
NOTES DE CETTE EDITION
LE MANUSCRIT
DE
LUCRÈCE BOKGIA.
La première impression que l'on e'prouvc en parcourant d'un bout à l'autre le manuscrit de Liiinie Borgia, c'est que ce drame a été écrit d'une allure rapide. Il semble que Victor Hugo, en pleine possession de son sujet, ait été pressé de terminer sa pièce; il a dû même, pour ne pas perdre de temps, avoir plusieurs plumes à sa portée, car on reconnaît dans de nombreux passages des écritures alternées provenant de plumes différentes.
Quand on relit attentivement le manuscrit, on peut se convaincre que des scènes entières ont été improvisées d'un premier je:; d'autres au contraire ont été revues, corrigées, remaniées, refaites même entièrement, mais l'impression générale qui subsiste, c'est que, si parfois des scènes ont été particulièrement travaillées, même dans les ajoutés la fougue de l'inspiration s'accuse très nettement; elle est justifiée d'ailleurs par la rapidité de l'exécution puisqu'en onze jours les trois actes étaient achevés.
Le manuscrit de Lucrèce Borgia est de même format et de même papier que celui du Roi s'amuse et, comme lui , écrit des deux cotés de la page.
Sur le premier feuillet, le ti're définitif : Lucrèce Borgia, est tracé, comme les titres d'actes, d'une écriture droite, un peu fantaisiste. Nous en donnons le fac-similé, page +39.
Au feuillet suivant, le titre primitif écrit en 1832 en même temps que le drame : Un souper à Ferrare, est, comme tout le manuscrit, en anglaise appuyée, nette.
En tête de la préface cette note :
Il j a encore environ quatre pages de préface qu'on pourra venir chercher ce soir.
Peu de ratures dans cette préface conforme à l'édition.
Comme pour Marion de Lorme et !e Roi s'amuse, les actes sont paginés séparément par lettres alphabétiques.