‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 189 sur 446 · ACTE I, SCËNE L · texte numérisé non relu

ACTE I, SCËNE L

/ GBSAR.

II a d'autres vertus : son superbe courage

Flatte en secret le mien , même alors qu'il l'outrage.

Il m'irrite, il me plaît; son cœur indépendant

Sur mes sens étonnés prend un fier ascendant.

Sa fermeté m'impose , et je l'excuse même

De condamner en moi l'autorité suprême :

Soit qu'étant homme et père, un charme séducteur,

L'excusant à mes yeux, me trompe en sa faveur;

Soit qu'étant né Romain , la voix de ma patrie

Me parle malgré moi contre ma tyrannie ,

Et que la liberté que je viens d'opprimer,

Plus forte çncor que moi, me condamne à l'aimer.

Te dirai-je encor plus? si Brutus me doit l'être,

S'il est fils de César, il doit haïr un maître.

J'ai pensé comme lui, dès mes plus jeunes ans ;

J'ai détesté Sylla , j'ai haï les tyrans.

J'eusse été citoyen , si l'oi^eilleux Pompée

N'eût voulu m'opprimer sous sa gloire usurpée.

Né fier, ambitieux, mais né pour les vertus, /

Si je n'étais César, j aiu*ais été Brutus.

Tout homme à son état doit plier son courage, (i)

Brutus tiendra bientôt un différent langage,

Quand il aura connu de quel sang il est né.

Crois-moi , le diadème à son front destiné

Adoucira dans lui sa rudesse importune ;

Il changera de mœurs en changeant de fortune.

La nature, le sang, mes bienfaits, tes avis ,

Le devoir, l'intérêt, tout me rendra mon fils.

AlfTOIlIB.

J'en doute. Je connais sa fermeté farouche : - La secte dont il est n'admet rien qui la touche. Cette secte intraitable, et qui fait vanité

a34 LA MORT DE CÉSAn,

D'endurcir les esprits conlre rhumanitë ,

Qui dompte et foule aux pieds la nature irritée,

Parle seule à Brutus , et seule est écoutée.

Ces préjugés affreux , qu'ils appellent devoir,

Ont sur ces cœurs xie bronze un absolu pouToir.

Caton même, Caton, ce malheureux stoîquey

Ce héros forcené, la victime d'Utique,

Qui, fiijant un pardon qui Teùt humilié,

Préféra la mort même à ta tendre amitié;

Caton fut moins altier, moins dur, et moins à craindre

Que l'ingrat qu'à t'aimer ta bonté veut contraindre.

cisAK.

Cher ami, de quels coups tu viens de me frapper! Que m'as-tu dit?

AHTOtNB.

Je t'aime ^ et ne te puis tromper.

CéSAK.

Le temps amollit tout.

AlfTOIlTB.

Mon cœur en désespère.

CBSAR.

Quoi ! sa haine..

ANTOINB.

Crois*moi.

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