‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 207 sur 446 · ACTE m, SC£1!9E IL aSQ · texte numérisé non relu

ACTE m, SC£1!9E IL aSQ

Ami de Cassitfs , que veux-tii darantage P Ces titres sont sacrés , tout autre les outrage. Qu'importe qu*un tyran , escfaiTe de l'amour , Ait séduit Servilie, et t'ait donné le jour? Laisse là les erreurs et l'hymen de u mère; Caton forma tes mœurs, Caton seul est ton père; Tu lui dois ta Tertu , ton âme est toute à lui : Brise l'indigne nœud que l'on t'offre aujourd'hui ; Qu'à nos sermens communs ta fermeté réponde; Eh ! tu n'as de parens que les vengeurs du monde.

BRUTXrS.

Et vous , hraves amis , parlez , que pensez-vous ?

CIMBSR.

Jugez de nous par lui , jugez de lui par nous. D'un autre sentiment si nous étions capables , Rome n'aurait point eu des enfans plus coupables. Mais à d'autres qu*à toi pourquoi t'en rapporter ? C'est ton cœur, c'é^t Brutus qu'il te faut consulter.

BRITTUS.

Eh bien ! à vos regards mon âme est dévoilée ;

lisez-y les horreurs dofit elle est accablée.

Je ne vous cèle rien , ce cœur s'est, ébranlé ;

De mes stoîques yeux des larmes ont coulé.

Après l'affreux serment que vous m'avez vu £siire j

Prêt à servir l'état , mais à tuer mon père ;

Pleurant d'être son fils , honteux de ses bienfaits ;

Admirant ses vertus, condamnant ses for&its;

Voyant en lui mon père, un coupable, un grand homme;

Entraîné par César, et retenu par Rome;

D'horreur et de pitié mes esprits déchirés

Ont souhaité la mort que vous lui préparez.

le vous dirai bien plus , sachez que je l'estime*:

Son grand cœur me séduit, au sein^méme du crime;

ttfîo LA MORT DE CÉSAR,

Et si sur les Romains quelqu'un pouvait régner ,

Il est le seul tyran que l'on dût épargner.

Ne TOUS alarmez point; ce nom que je déteste,

Ce nom seul de tyran l'emporte sur le reste.

Le sénat , Rome et tous , tous avez tous ma foi :

Le bien du monde entier me parle contre un roi.

J'embrasse avec horreur une vertu cruelle;

J'en frissonne à vos yeux, mais je vous suis fidèle.

César me va j)arler ; que ne puis-je aujourd'hui

L'attendrir, le changer, sauver l'eut et lui !

Veuillent les immortels, s'expliquant par ma bouche^

Prêter à mon organe un pouvoir qui le touche!

Mais si je n'obtiens rien de cet ambitieux,

Levez le bras, frappez , je détourne les yeux.

Je ne trahirai point mon pays pour mon père :

Que l'on approuve, ou non , ma fermeté sévère;

Qu'à l'univers surpris cette grande action

Soit un objet d'horreur ou d'admiration ;

Mon esprit, peu jaloux de vivre en la mémoire.

Ne considère point le reproche ou la gloire :

Toujours indépendant, et toujours i^itoyen ,

Mon devoir me suffit, tout le reste n'est rien.

Allez, ne songez plus qu'à sortir d'esclavage.

CASSIUS

Du salut de l'état ta parole est le gage.

Nous comptons tous sur toi , comme si dans ces lieux

Nous entendions Gàton , Rome même , et nos dieux.

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