‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 210 sur 446 · ACTE III» SCENE IV. a · texte numérisé non relu

ACTE III» SCENE IV. a

Cet assassin illustre , entouré de victimes, En descendant du irAne effaça tous ses crimes. Tu n'eus point ses fureurs, ose avoir ses vertus. . Ton coeur sut pardonner ; César , fais encor plus. Que servent désormais les grâces que tu donnes P C'est à Rome , à Tétat qu'il £iut que tu pardonnes : Alors, plus qu'à ton rang, nos cœurs te sont soumis^ Alors tu sais régner ; alors je suis ton fils. Quoi ! je te parle en vain?

CBSAR*

Rome demande un maître; Un jour à tes dépens tu l'apprendras peut-être. Tu vois nos citoyens plus puissans que des rois : Nos mœurs changent, Brutus; il &ut changer nos lois, La liberté n'est plus que le droit de se nuire: Rome, qui détruit tout^ semble enfin se détruire. Ce colosse effrayant, dont le monde est foulé, En pressant l'univers , est lui-même ébranlé. Il penche vers sa chute, et contre la tempête. Il demande mon bras pour soutenir sa tête. (8) Enfin depuis Sylla , nos antiques vertus, Les lois, Rome, l'état, sont des noms superflus. Dans nos temps corrompus , pleins de guerres civiles ,

Tu parles comme aux temps des Décès , des Émiles.

Caton t'a trop séduit, mon cher fils; je prévoi

Que ta triste vertu perdra l'état et toi.

Fais céder, si tu peux, ta raisoii détrompée

Au vainqueur de Caton, au vainqueur de Pompée,

A ton père qui t'aime , et qui plaint ton erreur.

Sois mon fils, en efii^t, Brutus, rends-moi ton cœiur;

Prends d autres sentlraens, ma bonté t'en conjure;

Ne force point ton àrae à vaincre la nature.

Tu ne me réponds rien? tu détournes les yeuxP

i$4 LA MORT DE CÉSAR,

BRUTUS

Je ne te connais plus. Tonnez sur moi, grands dieux ! • César....

CBSAR.

Quoi ! tu t'émeus? ton àme est amollie? Ah ! mon fils....

BRVTVS.

Sais-tu bien qu'il y va de ta vie?

Sais-tu que le sénat n*a point de vrai Romain Qui n*aspire en secret à te percer le sein ? Que le salut de Rome, et que le tien te touche ! Ton génie alarmé te parle par ma bouche $ Il me pousse, il me presse, il me jette à tes pieds.

(Il se jette à ses genoux.)

César, au nom des dieux , dans ton cœur oubliés; Au nom de tes vertus, de Rome et de toi-même, Dirai-je au nom d*un fils qui frémit et qui t*aime , Qui te préfère au monde ^ et Rome seule à toi, Ne me rebute pas [

CBSAR.

Malheureux, laisse-moi.

Que me veux-tu ?

BRUTUS

Crois-moi, ne sois point insensible.

ciSAR.

L'univers peut changer; mon âme est inflexible.

BRU TUS

Yoilà donc ta réponse?

CÉSAR

Oui , tout est résolu.

Rome doit obéir, quand César a voulu.

B RU T U s , d'on air oonitera^.

Adieu ^ César.

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