ACTE II, SC£NE IL
ALVAREZ
Dieu y ma religion et la reconnaissance.
ZAMOEB.
Dieu ? ta religion ? Quoi ! ces tyrans cruels ,
Monstres désaltérés dans le sang des mortels ,
Qui dépeuplent la terre , et dont la barbarie
En vaste solitude a changé ma patrie,
Dont rinfâme avarice est la suprême loi ,
Mon père, ils n*ont donc pas le même Dieu que toi?
ALVAREZ
Ils ont le même Dieu , mon fils; mais ils Toutragent: Nés sous la loi des saints , dans le crime ils s'engagent. Ils ont tous abusé de leiu* nouveau pouvoir; Tu connais leurs forfaits, mais connais mon devoir. Le soleil par deux fois a, d*un tropique à l'autre, Éclairé dans sa marche et ce monde et le nôtre, Depub que l'un des tiens, par un noble secours, Maître de mon destin, daigna sauver mes jours. Mon cœur, dès ce moment , partagea vos misères ; Tous vos concitoyens sont devenus mes frères ; Et je mourrais heureux si je pouvais trouver Ce héros inconnu qui m'a pu conserver.
ZAMORE
A ses traits, à son âge, à sa vertu suprême.
C'est lui , n'en doutons point , c est Alvarez lui*mâme.
Pourrais-tu parmi nous reconnaître le bras ,
A qui le ciel permit d'empêcher ton trépas?
ALVAREZ
Que me dit-il? Approche. O ciel! ô Providence! C'est lui, voilà l'objet de ma reconnaissance. Mes yeux , mes tristes yeux affaiblis par les ans. Hélas! avez-vous pu le chercher si long-temps?
35o ALZIR£,
(nrembrasBQ.)
Mon bienEsdteur ! mon fils ! parle, que dois-je hive ? Daigne habiter ces lieux, et je t'y sers de père. La mort a respecté ces jours que je te doi , Pour me donner le temps de m acquitter vers toi.
ZAKORE.
Mon père, ah ! si jamais ta nation cruelle Avait de tes vertus montré quelque étincelle, Crois-moi, cet univers aujourd'hui désolé, Au-devant de leur joug sans peine aurait volé. Mais autant que ton âme est bîenfesante et pure, Autant leur cruauté fait frémir la nature : Et j*aime mieux périr que de vivre avec eux. Tout ce que j*ose attendre, et tout ce que je veux, C'est de savoir au moins si leur main sanguinaire Du malheureux Montèze a fini la misère ; Si le père d'Alzire.... hélas! tu vois les pleurs Qu'un souvenir trop cher arrache à mes douleurs.
▲ LVARBZ.
Ne cache point tes pleurs , cesse de t'en défendre ; C'est de l'humanité la marque la plus tendre. Malheur aux cœurs ingrats , et nés pour les forfaits, Que les douleurs d'autrui n'ont attendri jamais ! Apprends que ton ami, plein de gloire et d'années. Coule ici près de moi ses douces destinées.
ZAIIORB.
Leverrai-je?
ALVAREZ
Oui ; crois-moi , puisse-t-il aujourd'hui Tengager à penser, à vivre comme lui!
ZAMORB.
Quoi! Montèze» dis-tu....