‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 317 sur 446 · SCÈNE IIL LISE, MARTHE · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL LISE, MARTHE

MA&THB*

Mon Dieu , qu'il joint à tous ses airs grotesques Des sentimens et des travers burlesques!

LISE

Je suis sa fille; et de plus son humeur N'altère point la bonté de son cœur; Et sous les plis d'un front atrabilaire , Sous cet air brusque , il a l'âme d'un père : Quelquefois même , au milieu de ses cris , Tout en grondant, il cède à mes avis.

Il est bien vrai qu'en blâmant la personne Et les défauts du mari qu'il me donne. En me montrant d'une telle union

4ia L'ETÏFAWT PRODIGUE,

Tons les dangers, il a grande raison; Mikis lorsque ensuite il ordonne que j'aime, Dieu ! que je sens que son tort est extrême!

MARTHE

Comment aimer un monsieur Fierenfat P

J*épouserais plutôt un vieux soldat

Qui jure, boit, bat sa femme, et qui Faime,

Qu'un fat en robe, enivré de lui-même.

Qui , d'un ton grave et d'un air de pédant.

Semble juger sa femme en lui parlant;

Qui comme un paon d^ins lui-même se mire,

Sous son rabat se rengorge et s admire.

Et, plus avare encor que suffisant,

Vous fait lamour en comptant son argent.

LISE

Ah ! ton pinceau la pe'mt d'après nature.

Mais qu y ferai-je? il faut bien que j'endure

L'état forcé de cet hymen prochain.

On ne fait pas comme on veut son destin:

Et mes parens, ma fortune, mon âge.

Tout de l'hymen me prescrit l'esclavage.

Ce Fierenfat est, malgré mes dégoûts,

Le seul qui puisse être ici mon époux;

Il est le fils de l'ami de mon père;

C'est un parti devenu nécessaire.

Hélas! quel cœur, libre dans ses soupirs,

Peut se donner au gré de ses désirs ?

Il faut céder : le temps, la patience.

Sur mon époux vaincront ma répugnance;

Et je pourrai, soumise à mes liens,

A ses défauts me prêter comme aux miens.

MARTHE

C'est bien parler, belle et discrète Lise:

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