‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 416 sur 446 · SCENE CREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE CREMIERE

BÉNASSAR, MOHADIR.

MOHAOIB.

CiB dernier trait, sans doute, est le plus criminel.

Je sens le désespoir de ce cœur paternel :

Je partage en pleurant son trouble et sa colère.

Mais TOUS avez toujours des entrailles de père;

Et tous les attentats de ce funeste jour

Ne sont qu*un même crime, et ce crime est Tamour.

Dans son aveuglement Zulime enserelie

Mérite d'être plainte, encor plus que punie;

Et si votre bonté parlait à votre cœur....

BBNASSAR.

Ma bonté fit son crime et fit tout mon malheur. Je me reproche assez mon excès dlndulgence ; Ciel ! tu m*en as donné Thorrible récompense. Ma fille était Tidole à qui. mon amitié, Cette amitié &tale a tout sacrifié.

Je lui tendais les bras quand sa main ennemie Me plongeait au tombeau chargé d'ignominie. Ah ! l'homme inexorable est le seul respecté : Si j'eusse été cruel, on eût moins attenté. La dureté de cœur est le frein légitime Qui peut épouvanter l'insolence et le crime.

Ma facile tendresse enhardit aux for&its :

lie temps de la clémence est passé ponr jamais. '*'

Je vais, en punissant leurs fureurs insensées,

Égaler ma justice à mes bontés passées.

MOHADia.

Je frémis comme tous de toua ces attentats Que lamour £iit commettre en nos brùlans climats. En tout lieu dangereux, il est ici terrible; Il rend plus furieux, plus on est né sensible. Ramire cependant à aes erreurs livré De, leurs cruels poisons semble moins enivré : Vous même Tavez dit, et j*ose le redire. Que ce ménie ennemi , oe malheureux Banûrey Est celui dont le bras vous avait défendu; Qu'il n'a point aujourd'hui démenti sa vertu; Que vous l'avez vu même, en ce combat horrible, Dans ces moroens cruels où Thomme est inflexible, Oii les yeux , les esprits , les sens sont égarés, Détourner loin de vous ses coups désespérés. Respecter votre sang, vous sauver, vous défendre. Et d'un bras assuré , d'un cri terrible et tendre, Arrêter, désarmer ses amis emportés Qui levaient contre vous leurs bras ensanglantés. Oui , j'ai vu le moment où , malgré sa colère , Il semblait «n effet combattre pour son père.

BjiNASSAB.

Ah ! que n'a-t^il plutôt dans oe malheureux flanc Recherché , de ses mains, le reste de mon sang ! Que ne ra-t41 versé, puiscju'il le déshonore ! Mais ma cruelle fille est plus coupable encore. Ce cceur , en un seul jour à jamais égaré, Est hardi dans sa honte, est fiiux, dénaturé; Et , se précipitant d'abîmes ea «bimes,

Page 1