‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 89 sur 446 · ACTE V, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE I

Il &ut qu'en d*autres mains ma vengeance soit mise. Vous, que sur nos remparts on porte nos drapeaux; Allez, qu'on se prépare à des périls nouveaux. Vous sortez d'un combat, un autre vous appelle; Ayez la même audat^e , avec te même zèle : Imitez votre maître; et s'il vous faut périr, Vous recevrez de moi l'exemple de mourir.

(seul.)

Le sang, Findigne sang qu'a demandé ma rage.

Sera du moins pour moi le signal du carnage.

Un bras vulgaire et sûr va punir mon rival;

Je vais être servi : j'attends Theureux signal.

Nemours, tu vas périr, mon bonheur se prépare....

Un frère assassiné ! quel bonheur ! Ah , barbare !

S'il est doux d'accabler ses cruels ennemis ,

Si ton cœur est content, d'où vient que tu frémis ?

Allons..*. Mais quelle voix gémissante et sévère

Crie au fond de mon coBur : Arrête, il est ton frère !

Ah ! prince infortuné i dan^ ta haine affermi,

Songe à des droits plus saints; Nemours ait ton ami j

O jours de notre enfance ! ô tendresses passées !

Il fut le confident de toutes mes pensées.

Avec quelle innocence et quels épanchemens

Nos cœurs se sont appris leurs premiers sentimens !

Que de fois, partageant mes naissantes alarmes,

D'une main fraternelle essuya-c-il nies larmes \

Et c'est moi qui l'immole! et cette même main

D'un frère que j'aimai déchirerait le sein !

O passion funeste ! ô douleur qui m*égare !

Non , je n'étais point né pour devenir barbare.

Je sens combien le crime est un fiirdeau crud...*

Mais, que dis-je P Nemours est le seul criminel.

Je reconnab mon sang , mais c'est à sa fîirie;

iio ADELAÏDE DU GUESCLIN,

II m'enlève l'objet dont dépendait nia yie ;

Il aime Adélaïde...» Ah ! trop jaloux transport!

Il l'aime ; est-ce un for£ftit qui mérite la mort?

Hélas ! malgré le temps, et la guerre, et labsencei (6)

Leur trancpiille union croissait dans le silence;

Ik nourrissaient en paix leur innocente ardeur,

Avant qu'un fol amour empoisonnât mon cœur.

Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colère ,

Il me trompe, il me hait; n'in^porte^ il est mon frère!

n ne périra point. Nature, je me rends;

Je ne veux point marcher sur les pas des tyrans*

Je n'ai point entendu le signal boimcide y .

L'organe des forfaits, la voix du parricide;

Il en est encor temps.

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