‹ ThéatreChapitre 129 sur 520 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Je me meurs... je succombe à l'excès de ma iage.>

CORASMIN.

On ne reçut jamais un si sanglant outrage.

OROSMANE

Le voilà donc connu ce secret plein d'horreur ,

Ce secret qui pesait à son infâme cœur!

Sous le voile emprunté d'une crainte ingénue ,

Elle veut quelque temps se soustraire à ma vue.

Je me fais cet effort , je la laisse sortir;

Elle part en pleurant... et c'est pour me trahir.

Quoi î Zaïre !

CORASMIN.

Tout sert à redoubler son crime.

Seigneur, n'en soyez pas l'iiuiocente victime , Et, de vos sentiments rappelant la grandeur...

OROSMANE

C'est là ce Nérestan , ce héros plein d'honneur, Ce chrétien si vanté, qui remplissait Solyme De ce faste imposant de sa vertu sublime ! Je l'admirais moi-même , et mon cœur combattu S'indignait qu'un chrétien m'égalât en vertu. Ah ! qu'il va me payer sa fourbe abominable ! Mais Zaïre, Zaïre est cent fois plus coupable. Une esclave chrétienne , et que j'ai pu laisser Dans les plus vils emplois languir sans l'abaisser! Une esclave! elle sait ce que j'ai fait pour elle! Ah I malheureux !

CORASîIIiN.

Seigneur, si vous souffrez mon zèle.

Si, parmi les horreurs qui doivent vous troubler, Vous vouliez...

OROSMANE

Oui, je veux la voir et lui parler.

Allez , volez , esclave , et m'amenez Zaïre.

CORASMIN,

Hélas ! en cet état que pourrez-vous lui dire?

[ OROSMANE

[Je ne sais , cher ami ; mais je prétends la voir.

j CORASMIN.

JAh! seigneur, vous allez , dans votre désespoir, iVous plaindre, menacer, fane couler ses larmes.

178 ZAÏRE

Vos bontés contre vous lui donneront des armes; Et votre cœur séduit, malgré tous vos soupçons, Pour la justifier cherchera des raisons. M'en croirez-vous? cachez cette lettre à sa vue , Prenez pour la lui rendre une main inconnue : Par là , malgré la fraude et les déguisements , Vos yeux démêleront ses secrets sentiments , Et des plis de son cœur verront tout l'artifice.

OROSMANE

Peuses-tu qu'en effet Zaïre me trahisse?... Allons, quoi qu'il en soit , je vais tenter mon sort , Ej.pousser la vertu jusqu'au dernier effort. Je veux voir à quel point une femme hardie Saura de son côté pousser la perfidie.

CORASMIN.

Seigneur, je crains pour vous ce funeste entretien ; Un cœur tel que le vôtre...

OROSMANE

Ah ! n'en redoute rien.

A son exemple , hélas ! ce cœur ne saurait feindre. Mais j'ai la fermeté de savoir me contraindre : Oui , puisqu'elle m'abaisse à connaître un rival... Tiens , reçois ce billet à tous trois si fatal : Va , choisis pour le rendre un esclave fidèle j Mets en de sûres mains cette lettre cruelle ; Va , cours... Je ferai plus, j'éviterai ses yeux; Qu'elle n'approche pas... C'est elle, justes cieux !

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