‹ ThéatreChapitre 131 sur 520 · ACTE IV, SCÈNE VL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VL

Mes bienfaits , mon respect , mes soins , ma confiance , Ont arraché de vous quelque reconnaissance. Votre cœur, par un maître attaqué cha([iie jour, Vaincu par mes bienfaits, crut l'être par l'amour. Dans votre âme , avec vous, il est temps que je lise; il faut que ses replis s'ouvrent à ma franchise; Jugez-vous : répondez avec la vérité Que vous devez au moins à ma sincérité. Si de quelque autre amour l'invincible puissance L'emporte sur mes soins , ou même les balance , 11 faut me l'avouer, et dans ce même instant Ta grâce est dans mon cœur; prononce, elle t'attend. Sacrifie à ma foi l'insolent qui t'adore : Songe que je te vois, que je te parle encore. Que ma foudre à ta voix pourra se détourner, Que c'est le seul moment où je peux pardonner.

ZAÏRE

Vous , seigneur ! vous osez me tenir ce langage !

Vous, cruel! Apprenez que ce cœur qu'on outrage ,

Et que par tant d'horreurs le ciel veut éprouver,

S'il ne vous aimait pas, est né pour vous braver.

Je ne crains rien ici que ma funeste flamme ;

N'imputez qu'à ce feu qui brûle encor mon âme,

N'imputez qu'à l'amour, que je dois oublier,

La honte où je descends de me justifier.

J'ignore si le ciel , qui m'a toujours trahie ,

A destiné pour vous ma malheureuse vie.

Quoi qu'il puisse arriver, je jure par l'honneur,

Qui , non moins que l*amour, est gravé dans mon eœur,

Je jure que Zaïre , à soi-même rendue ,

Des rois les plus puissants détesterait la vue ;

Que tout autre , après vous , me serait odieux.

Voulez-vous plus savoir, et me connaître mieux?

Voulez-vous que ce cœur, à l'amertume en proie,

Ce cœur désespéré devant vous se déploie?

Sachez donc qu'en secret il pensait malgré lui

Tout ce que devant vous il déclare aujourd'hui ;

Qu'il soupirait pour vous , avant que vos tendresses

Vinssent justifier mes naissantes faiblesses ;

Qu'il prévint vos bienfaits, qu'il brûlait à vos pieds.

Qu'il vous aimait enfin , lorsque vous m'ignoriez ;

180 ZAÏRE

Qu'il n'eut jamais que vous, n'aura que vous pour mairie.

J'en atteste le ciel , que j'offense peut-être;

Et si j'ai mérité son éternel courroux,

Si mon cœur fut coupable, ingrat , c'était pour vous.

OROSMANE

Quoi! des plus tendres feux sa bouche encor m'assure ! Quel excès de noirceur ! Zaïre !... Ah ! la parjure ! Quand de sa trahison j'ai la preuve en ma main I

ZAÏRE

Que dites-vous.»» Quel trouble agite votre sein?

OROSMANE

Je ne suis point troublé. Vous m'aimez?

ZAÏRE

Votre bouche Peut-elle me parler avec ce ton farouche D'un feu si tendrement déclaré chaque jour? Vous me glacez de crainte en me parlant d'amour.

OROSMANE

Vous m'aimez ?

ZAÏRE

Vous pouvez douter de ma tendresse!

Mais, encore une fois, quelle fureur vous presse? Quels regards effrayants vous me lancez ! Hélas ! Vous doutez de mon cœur?

OROSMANE

Non , je n'en doute pas.

Allez, rentrez, madame.

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