‹ ThéatreChapitre 136 sur 520 · ZAÏRE, FATIME · texte numérisé non relu

ZAÏRE, FATIME

ZAÏRE

Lis ce billet : hélas ! dis-moi ce qu'il faut faire ; Je voudrais obéir aux ordres de mon frère.

FATIME

Dites plutôt , madame , aux ordres éternels

DMm Dieu qui vous demaiwie au pied de ses autels.

Ce n'est point Nérestan , c'est Dieu qui vous appelle.

le le sais ; à sa voix je ne suis point rebelle ,

J'en ai fait le serment : mais puis-je m'engager,

Moi , les chrétiens , mon frère , en un si grand danger.'

FATIME

e n'est point leur danger dont vous êtes troublée j V^otre amour parle seul à votre âme ébranlée, le connais votre cœur; il penserait comme eux ,

hasarderait tout, s'il n'était amoureux.

\.h! connaissez du moins l'erreur qui vous engage. Vous tremblez d'offenser l'amant qui vous outrage : Juoi! ne voyez- vous pas toutes ses cruautés,

t l'Ame d'un Tartare , à travers ses bontés? ^e tigre, encor farouche au sein de sa tendresse , Même en vous adorant, menaçait sa maîtresse... lit votre cœur encor ne s'en peut détacher? '.'ous soupirez pour lui?

ZAÏRE

Qu'ai-Je à lui reprocher?

::'est moi qui l'offensais , moi qu'en cette journée

I a vu souhaiter ce fatal hyménée;

Le trône était tout prêt , le temple était paré , Mon amant m'adorait, et j'ai tout différé. Moi, qui devais ici trembler sous sa puissance, )'ai de ses sentiments bravé la violence ; l'ai soumis son amour, il fait ce que je veux,

II m'a s^r.rli'w. ses transports amoureux.

184 ZAÏRE

FATIME

Ce malheureux amour , dont votre âme est blessée, Peut-il en ce moment remplir votre pensée?

ZAÏRE

Ah ! Fatime , tout sert à me désespérer :

Je sais que du sérail rien ne peut me tirer :

Je voudrais des chrétiens voir l'heureuse contrée,

Quitter ce lieu funeste à mon âme égarée ;

Et je sens qu'à l'instant, prompte à me démentir,

Je fais des vœux secrets pour n'en jamais sortir.

Quel état! quel tourment! Non, mon âme inquiète

Ne sait ce qu'elle doit , ni ce qu'elle souhaite ;

Une terreur affreuse est tout ce que je sens.

Dieu ! détourne de moi ces noirs pressentiments ;

Prends soin de nos chrétiens, et veille sur mon frère!

Prends soin , du haut des cieux, d'une tête si chère!

Oui , je le vais trouver, je lui vais obéir :

Mais dès que de Solyme il aura pu partir ,

Par son absence alors à parler enhardie ,

J'apprends à mon amant le secret de ma vie :

Je lui dirai le culte où mon cœur est lié :

Il lira dans ce cœur, il en aura pitié.

Mais dussé-je au supplice être ici condamnée ,

Je ne trahirai point le sang dont je suis née.

Va, tu peux amener mon frère dans ces lieux.

Rappelle cet esclave.

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