‹ ThéatreChapitre 151 sur 520 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

Je donne à Marceilus la Grèce et ia Lycie,

A Décime Je Poiit, à Casca la Syrie.

Ayant ainsi réglé le sort des nations,

Et laissant Rome henreuse et sans divisions.

Il ne reste au sénat qu';; iiiger sous quel titre

De Rome et des humaine je dois être l'arbitre.

Sylla fut honoré du nom de dictateur;

Maiius fut consul, et Pompée empereur.

J'ai vaincu ce dernier, et c'est assez vous dire

Qu'il faut un nouveau nom pour un nouvel empire,

In nom plus grand, plus saint , moins sujet aux revers ,

Autrefois craint dans Rome, et cher à l'univers.

Cn bruit trop coufirmé se répand sur la terre ,

Qu'en vain Rome aux Persans ose faire la guerre ;

Qu'un roi seul peut les vaincre et leur donner la loi :

César va l'entrepiendre', et César n'est pas roi;

Il n'est qu'un citoyen connu par ses services ,

Qui peut du peuple encore essuyer les caprices...

Romains , vous m'entendez , vous savez mon espoir :

Songez à mes bienfaits , songez à mon pouvoir.

CIMBER

César, il faut parler. Ces sceptres , ces couronnes, Ce fruit de nos travaux , l'univers que tu donnes. Seraient , aux yeux du peuple et du sénat jaloux , Un outrage à l'État, plus qu im bienfait pour nous. Marins, ni Sylla, ni Carbon, ni Pompée, Dans leur autorité sur le peuple usurpée, N'ont jamais prétendu disposer à leur choix Des conquêtes de Rome , et nous parler en rois. César, nous attendions de ta clémence auguste Un don plus précieux , une faveur plus juste, Au-dessus des États donnés par ta bonté...

CES\R

Qu'oses-tu demander, Cimber?

CIMBER

La liberté.

CASSICS.

Tu nous l'avais promise, et tu juras toi-même

D'abolir pour jamais l'autorité suprême;

Et je croyais touchera ce moment heureux

Ou le vainqueur du monde allait combler nos vœux,

204 LA MORr DE CÉSAR.

Fumante de son sang , captive , désolée, Rome dans cet espoir renaissait consolée. Avant que d'être à toi nous sommes ses enfants : Je songe à ton pouvoir, mais songe à tes serments.

Oui, que César soit grand; mais que Rome soit libre. Dieux! maîtresse de l'Inde, esclave aux bords du ïibrc Qu'importe que son nom commande à l'univers , Et qu'on l'appelle reine, alors qu'elle est aux fers? Qu'importe à ma patrie, aux Romains que tu braves, D'apprendre que César a de nouveaux esclaves? Les Persans ne sont pas nos plus fiers ennemis; Il en est de plus grands. Je n'ai point d'autre avis.

CÉSAR

Kt toi, Brutus , aussi !

ANTOINE , a César.

Tu connais leur audace :

Vois si ces cœurs ingrats sont dignes de ieur grâce.

CÉSAR

Ainsi vous voulez donc , dans vos témérités , Tenter ma patience , et lasser mes bontés ? Vous qui m'appartenez par le droit de l'épée , Rampants sous Marius , esclaves de Pompée; Vous qui ne respirez qu'autant que mon courroux , Retenu trop longtemps , s'est arrêté sur vous : Républicains ingrats , qu'enlmrdit ma clémence , Vous qui devant Sylla garderiez le silence. Vous que ma bonté seule invite à m'outrager, Sans craindre que César s'abaisse à se venger. Voilà ce qui vous donne une âme assez hardie Pour oser me parler de Rome et de patrie ; Pour affecter ici cette illustre hauteur Et ces grands sentiments devant votre vainqueur. Il les fallait avoir aux plaines de Pharsale. La fortune entre nous devient trop inégale : Si vous n'avez su vaincre , apprenez à servir.

César, aucun de nous n'apprendra qu'à mourir. Nul ne m'en désavoue , et nul , en Thessalie, N'abaissa son courage à demander la vie. Tu nous laissas le jour, mais pour nous avilir ;

Page 1