‹ ThéatreChapitre 153 sur 520 · I CÉSAR , ANTOINE · texte numérisé non relu

I CÉSAR , ANTOINE

ANTOINE

Eh bien ! t'ai-je trompé ? Crois-tu que la nature Puisse amolhr une àme et si fière et si dure.' Laisse, laisse à jamais dans son obscurité Ce secret malheureux qui pèse à ta bonté. Que de Rome , s'il veut, il déplore la chute; Mais qu'il ignore au moins quel sang il persécute : Il ne mérite pas de te devoir le jour. Ingrat à tes bontés , ingrat à ton amour, Renonce-le pour fils.

CÉSAR

Je ne le puis : je l'aime.

ANTOINE

-Ah! cesse donc d'aimer l'éclat du diadème. Descends donc de ce rang où je te vois monté : La bonté convient mal à ton autorité; De la grandeur naissante elle détruit l'ouvrage. Quoi ! Rome est sous te* lois , et Cassius t'outrage ! Quoi,! Cimber, quoi! Cinna, ces obscurs sénateurs, Aux yeux du roi du monde affectent ces hauteurs! Us bravent ta puissance, et ces vaincus respirent!

20G LA MORT DE CESaR.

CÉSAR

lis sont nés mes égaux , mes armes les vainquà-cnt ,. Et , trop au-dessus d'eux , je leur puis pardonner De frémir sous le joug que je veux leur donner.

ANTOINE

IMarius de leur sang eût été moins avare ; Sylla les eût punis.

CÉSAR

Sylla fut un barbare ; Il n'a su qu'opprimer : le meurtre et la fureur Faisaient sa politique ainsi que sa grandeur : 11 a gouverné Rome au milieu des supplices; Il en était l'effroi , j'en serai les délices. Je sais quel est le peuple : on le change en un jour ; Il prodigue aisément sa haine et son amour. Si ma grandeur l'aigrit, ma clémence l'attire. Un pardon poUtique à qui ne peut me nuire , Dans mes chaînes qu'il porte un air de liberté , Ont ramené vers moi sa faible volonté. Il faut couvrir de fieurs l'abîme où je l'entraîne, Flatter encor ce tigre à l'instant qu'on l'enchaîne. Lui plaire en l'accablant , l'asservir, le charmer, Et punir mes rivaux en me faisant aimer.

AXTOliNE.

11 faudrait être craint : c'est ainsi que l'on règne. .

CÉSAR. I

Va, ce n'est qu'aux combats que je veux qu'on me craigDti

ANTOINE

Le peuple abusera de ta facilité.

CÉSAR

Le peuple a jusqu'ici consacré ma bonté : Vois ce temple que Rome élève à la Clémence.

ANTOINE

Crains qu'elle n'en élève un autre à la Vengeance;

Crains des cœurs ulcérés , nourns de désespoir.

Idolâtres de Rome, et cruels par devoir.

Cassius alarmé prévoit qu'en ce jour même

Ma main doit sur ton front mettre le diadème :

Déjà même à tes yeux on ose en murmurer.

Des plus impétueux tu devrais t'assurer ;

A. prévenir leurs coups daigne au moins te contraindre.

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