GUSMAN , ALZIRE
GLSMAN.
J'ai sujet de n^ plaindre Que Ton oppose encore à mes empressements L'offensante lenteur de ces retardements. J'ai suspendu ma loi prête à punir l'audace De tous ces ennemis dont vous vouliez la grâce : Us sont en liberté; mais j'aurais à rougir Si ce faible service eût pu vous attendrir. J'attendais encor moins de mon pouvoir suprême ; Je voulais vous devoir à ma llamme , à vous-rnème ; Et je ne pensais pas, dans mes vœux satisfaits , Que ma félicité vous coûtât des regrets.
ALZIRE
Que puisse seulement la colère céleste Ne pas rendre ce jour à tous les deux funeste î Vous voyez quel effroi me trouble et me confond : Il parle dans mes yeux, il est peint sur mon front. Tel est mon caractère : et jamais mon visage N'a de mon cœur encor démenti le langage. Qui peut se déguiser pourrait trahir sa foi ; C'est un art de l'Europe : il n'est pas fait pour moi.
GLSMAN.
Je vois votre franchise , et je sais que Zamore Vit dans votre mémoire, et vous est cher encore. Ce cacique' obstiné , vaincu dans les combats, S'arme encor contre moi de la luiit du trépas. Vivant, je l'ai dompté : mort, doit-il être à craindre? Cessez de m'offcnsef, et cessez de le plaindre; Votre devoir, mon nom, mon cœur, en sont blessés;
" Le mot propre est inca; mais les Espagnols, accoutumés dans l'.\mériquc septentrionale au titre de cacique , le donnèrent d'abord à tous les souverains du nouveau monde.
250 ALZIRE
Kt ce cœur est jaloux des pleurs que vous versez.
ALZIRE
Ayez moins décolère et moins de jalousie;
Un rival au tombeau doit causer peu d'envie :
Je l'aimai, je l'avoue, et tel fut mon devoir;
De ce* monde opprimé Zamore était l'espoir :
Sa foi me fut promise , il eut pour moi des charmes,
11 m'aima : son trépas me coûte encor des larmes.
Vous, loin d'oser ici condamner ma douleur,
Jugez de ma constance , et connaissez mon cœur;
Et, quittant avec moi cette fierté cruelle,
Méritez , s'il se peut, un cœur aussi fidèle.