‹ ThéatreChapitre 203 sur 520 · ALVAREZ, GUSMAN · texte numérisé non relu

ALVAREZ, GUSMAN

ALVAREZ

Méritez donc , mon fils, un si grand avantage. Vous avez triomphé du nombre et du courage ; Et , de tous les vengeurs de ce triste univers , Une moitié n'est plus, et l'autre est dans vos fers. Ah ! n'ensanglantez point le prix de la victoire I Mon fils , que la clémence ajoute à votre gloù'e ! Je vais, sur les vaincus étendant mes secours, Consoler leur misère, et veiller sur leurs jours. Vo'js , songez cependant qu'un père vous imploie ; Soyez homme et chrétien : pardonnez à Zamore. Ne pourrai-je adoucir vos inflexibles mœurs ? Et n'apprendrez- vous point à conquérir des cœurs?

GUSMAN

Ah ! vous percez le mien. Demandez-moi ma vie ; Mais laissez un champ libre à ma juste furie; Ménagez le courroux de mon cœur opprimé. Comment lui pardonner? le barbare est aimé.

ALVAREZ

Il en est plus à plaindre.

GUSMAN

A plaindre? lui, mon père Ah ! qu'on me plaigne ainsi , la mort me sera chère.

ALVAREZ

Quoi ! vous joignez encore à cet ardent courroux La fureur des soupçons , ce tourment des jaloux ?

GUSMAN

Et vous condamneriez jusqu'à ma jalousie? Quoi ! ce juste transport dont mon àme est saisie, Ce triste sentiment, plein de honte et d'horreur, Si légitime en moi , trouve en vous un censeur! Vous voyez sans pitié ma douleur effrénée!

272 ÀLZIRt:.

ALYAUEZ.

Mêlez moins d'amertume k votre destinée: Alzire a des vertus , et , loin de les aigrir, Par des dehors plus doux vous devez l'attendrir. Son cœur de ces climats conserve la rudesse , 11 résiste à la force , il cède à la souplesse, Et la douceur peut tout sur notre volonté.

GUSM\N.

Moi , que je flatte encor l'orgueil de sa beauté ? Que , sous un front serein déguisant mon outrage , A de nouveaux mépris ma bonté l'encourage? Ne devriez-vous pas , de mon honneur jaloux , Au lieu de le blâmer, partager mon courroux? pf'ai déjà trop rougi d'épouser une esclave y Qui m'ose dédaigner, qui me hait , qui me brave , I Dont un autre à mes yeux possède encor le cœur, ! Et que j'aime, en un mot, pour comble de malheur.

ALVAREZ

Ne vous repentez point d'un amour légitime ; Mais sachez le régler : tout excès mène au crime. Promettez-moi du moins de ne décider rien, Avant de m' accorder un second entretien.

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