‹ ThéatreChapitre 287 sur 520 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MÉROPE , EURYCLÈS , ISMÉNIE.

MÉROPE

Quoi ! l'univers se tait sur le destin d'Égisthe ! Je n'entends que trop bien ce silence si triste. Aux frontières d'Élide enfin n'a-t-on rien su.^

EURYCLÈS.

On n'a rien découvert; et tout ce qu'on a vu, C'est un jeune étranger, de qui la main sanglante D'un meurtre encor récent paraissait dégouttante : Enchaîné par mon ordre, on l'amène au palais.

MÉROPE

Un meurtre! un inconnu ! Qu'a-t-il fait, Euryclès.' Quel sang at-il versé .^ Vous me glacez de crainte.

ELRYCLÈS.

Triste effet de l'amour dont votre âme est atteinte I

370 MKROPE.

L.e moindre «Jvénement vous porte un coup mortel; Tout sert à déchirer ce cœur trop maternel; Tout fait parler en vous la voix de la nature. Mais de ce meurtrier la commune aventure K'a rien dont vos esprits doivent être agités. De crimes , de brigands, ces bords sont infectés; C'est le fruit malheureux de nos guerres civiles. La justice est sans force , et nos champs et nos villes Redemandent aux dieux , trop longtemps négligés, Le sang des citoyens l'un par l'autre égorgés. Écartez des terreurs dont le poids vous afflige !

Quel est cet inconnu? Répondez-nïoi , vous dis-je.

ELRVCLÈS.

C'est un de ces mortels du sort abandonnés. Nourris dans la bassesse , aux travaux condamnés ; Un malheureux sans nom , si l'on croit l'apparence.

MÉROPE

N'importe, quel qu'il soit, qu'il vienne en ma présence ; Le témoin le plus vil et les moindres clartés Nous montrent quelquefois de grandes vérités. Peut-être j'en crois trop le trouble qui me presse; Mais ayez-en pitié , respectez ma faiblesse : Mon cœur a tout à craindre , et rien à négliger. Qu'il vienne, je le veux; je veux l'interroger.

EURYCLÈS.

(A Isménie.) Vous serez obéie. Allez ^ et qu'on l'amène; Qu'il paraisse à l'instant aux regards de la reme.

MÉROPE

Je sens que je vais prendre un inutile soin. Mon désespoir m'aveugle ; il m'emporte trop loin : Vous savez s'il est juste. On comble ma misère; On détrône le fils, on outrage la mère. Polyphonie , abusant de mon triste destin , Ose enfin s'oublier jusqu'à m'offrir sa main,

EURYCLÈS.

Vos malheurs sont plus grands que vous ne pouvez croire. Je sais que cet hymen offense votre gloire ; Mais je vois qu'on l'exige , et le sort irrité Vous fait de cet opprobre une nécessité :

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