ACTE III, SCÈNE II
SCÈ.NE II.
NARBAS , ISMÉNIE , dans le fond du théâtre où l'on découvre le tombeau de Crcsjjhonte.
ISMÉNIE
Quel est cet inconnu dont la vue indiscrèle Ose troubler la reine , et percer sa retraite? Est-ce de nos tyrans quelque ministre affreux , Dont l'œil vient épier les pleurs des malheureux ?
NARBAS.
Oh! qui que vous soyez , excusez mon audace : C'est un infortuné qui demande une grâce. II peut servir Mérope; il voudrait lui parler.
ISMÉNIE
Ah! quel temps prenez-vous pour oser la troubler.' Respectez la douleur d'une mère éperdue; Malheureux étranger, n'offensez point sa vue ; Éloignez-vous.
NARBAS.
Hélas! au nom des dieux vengeurs, Accordez cette grâce à mon âge , à mes pleurs. Je ne suis point , madame , étranger dans Messène. Croyez , si vous servez , si vous aimez la reine , Que mon cœur, à son sort attaché comme vous, De sa longue infortune a senti tons les coups. Quelle est donc cette tombe , en ces lieux élevée, Que j'ai vu de vos pleurs en ce moment lavée .^
ISMÉNIE
C'est la tombe d'un roi des dieux abandonné. D'un héros, d'un époux , d'un père infortuné. De Cresphonte.
NARBAS, allant vers le tombeau.
O mon maître ! ô cendres que j'adore!
ISMÉNIE
L'épouse de Cresphonte est plus à plauidre encore.
NARBAS.
Quels coups auraient comblé ses malheurs inouïs.'
ISMÉNIE
Le coup le plus terrible; on a tué son fils.
NARBAS.
Son fils Égisthe, ô dieux! le malheureux Égisthe!
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ISMÉNIE
Nul mortel en ces lieux n'ignore un sort si triste.
NARBAS.
Son fils ne serait plus?
ISMÉNIE
Un barbare assassin Aux portes de Messène a déchiré son sein.
NARBAS.
O désespoir! ô mort que ma crainte a prédite! Il est assassiné ? Mérope en est instruite ? Ne vous trompez-vous pas ?
ISiMÉME.
Des signes trop certains Ont éclairé nos yeux sur ses affreux destins. C'est vous en dire assez : sa perte est assurée.
NARRAS.
Quel fruit de tant de soins î
ISMÉNIE
Au désespoir livrée , Mérope va mourir; son courage est vaincu : Pour son fils seulement Mérope avait vécu : Des nœuds qui l'arrêtaient sa vie est dégagée. Mais avant de mourir elle sera vengée ; Le sang de l'assassin par sa main doit couler; Au tombeau de Cresphonte elle va l'immoler. Le roi, qui l'a permis, cherche à flatter sa peine ; Un des siens eu ces lieux doit aux pieds de la reine Amener à l'instant ce lâche meurtrier, Qu'au sang d'un fils si cher on va sacrifier. Mérope cependant , dans sa douleur profonde. Veut de ce lieu funeste écarter tout le monde.
NARRAS; s'en allant.
Hélas! s'il est ainsi , pourquoi me découvrir.? Au pied de ce tombeau je n'ai plus qu'à mourir.