ACTE II, SCKINE IV
fut l'art qui sous son joug enchaîna les esprits ; L'univers à ses pieds demeure encor surpris. Quedis-je.' sa beauté, ce flatteur avantage. Fit adorer les lois qu'imposa son courage ; Et, quand dans mon dépit j'ai voulu conspirer, Mes amis consternés n'ont su que l'admirer.
CÉDAR
Ce charme se dissipe , et ce pouvoir chancelle ; Son génie égaré semble s'éloigner d'elle. Un vain remords la trouble; et sa crédulité A depuis quelque temps en secret consulté Ces oracles menteurs d'un temple méprisable , Que les fourbes d'Egypte ont rendu vénérable. Sou encens et ses vœux fatiguent les autels ; Elle devient semblable au reste des mortels -. Elle a connu la crainte.
ASSLR.
Accablons sa faiblesse.
Je ne puis ra'élever qu'autant qu'elle s'abaisse. De Babylone au moins j'ai fait parler la voix : Sémiramis enfin va céder une fois.
Ce premier coup porté , sa ruine est certaine. Me donner Azéma , c'est cesser d'être reine ; Oser me refuser, soulève ses États ; Et de tous les côtés le piège est sous ses pas. Mais peut-être , après tout , quand je crois la surprendre, J'ai lassé ma fortune à force de l'attendre.
CÉDAR
Si la reine vous cède , et nomme un héritier,
Assur de son destin peut-il se défier .^
De vous et d'Azéma l'union désirée
Rejoindra de nos rois la tige séparée.
Tout vous porte à l'empire , et tout parle pour vous.
ASSLR.
Pour Azéma sans doute il n'est point d'autre époux.
Mais pourquoi de si loin faire venir Arzace.'
Elle a favorisé son insolente audace.
Tout prêt à le punir, je me vois retenu
Par cette même main dont il est soutenu.
Prince , mais sans sujets , ministre, et sans puissance ,
Environné d'honneurs, et dans la dépendance,
448 SÉMIRAMIS
Tout m'afilige , une amante , un jeune audacieux,
Des prêtres consultés , qui font parler leurs dieux ,
Scmiramis enfin toujours en défiance ,
Qui me ménage à peine , et qui craint ma présence 1
Nous verrons si l'ingrate avec impunité
Ose pousser à bout un complice irrité.
( Il veut sortir.)