ACTE V, SCÈNE I
MOU fils s'est attendri; je me flatte, j'espère Qu'en ces premiers moments la douleur d'une mère Parle plus hautement à ses sens oppressés Que le sang de Ninus, et mes crimes passés. Mais peut-être bientôt, moins tendre et plus sévère. Il ne se souviendra que du meurtre d'un père.
OTANE.
Que craignez-vous d'un fils? quel noir pressentiment!
SÉUIRAMIS.
La crainte suit le crime , et c'est son châtiment. Le détestable Assur sait-il ce qui se passe ? N'a-t-on rien attenté ? sait-on quel est Arzace ?
OTANE.
Non ; ce secret terrible est de tous ignoré ,
De l'ombre de Ninus l'oracle est adoré ;
Les esprits consternés ne peuvent le comprendre.
Comment servir son fils? pourquoi venger sa cendre?
On l'ignore, on se tait. On attend ces moments
Où , fermé sans réserve au reste des vivants ,
Ce lieu saint doit s'ouvrir pour finir tant d'alarmes.
Le peuple est aux autels; 'vos soldats sont en armes.
Azéma , pâle , errante , et la mort dans les yeux ,
Veille autour du tombeau , lève les mains aux cieux.
Ninias est au temple , et d'une âme éperdue
Se prépare à frapper sa victime inconnue.
Dans ses sombres fureurs Assur enveloppé
Rassemble les débris d'un parti dissipé :
Je ne sais quels projets il peut former encore.
SÉMIRAMIS
Ah ! c'est trop ménager un traître que j'abhorre; Qu'Assur chargé de fers en vos mains soit remis : Otane, allez livrer le coupable à mon fils. Mon fils apaisera l'éternelle justice , En répandant du moins le sang de mon complice : Qu'il meure; qu'Azéma, rendue à Ninias, Du crime de mon règne épure ces climats. Tu vois ce cœur, Ninus , il doit te satisfaire ; Tu vois du moins en moi des entrailles de mère. Ah! qui vient dans ces lieux à pas précipités? Que tout rend la terreur à mes sens agités!
i'6 SÉMIRAMIS.
SCÈNK ÏI.