ACTE V, SCÈNE II
SÉMIRAMIS
Qui? lui:
AZÉMA
Dans les horreurs de la profonde nuit, Des souterrains secrets , où sa fureur habile A tout événement se creusait un asile, Ont servi les desseins de ce monstre odieux; Il vient braver les morts , il vient braver les dieux : D'une main sacrilège, aux forfaits enhardie, Du généreux Arzace il va trancher la vie.
SÉMIRAMIS
O ciel ! qui vous l'a dit ? comment? par quel détour?
AZÉMA
Fiez- vous à mon cœur, éclairé par l'amour.
J'ai vu du traître Assur la haine envenimée ,
Sa faction tremblante et par lui ranimée ,
Ses amis rassemblés, qu'a séduits sa fureur.
De ses desseins secrets j'ai démêlé l'horreur ;
J'ai feint de réunir nos causes mutuelles;
Je l'ai fait épier par des regards fidèles :
Il ne commet qu'à lui ce meurtre détesté ;
Il marche au sacrilège avec impunité.
Sûr que dans ce lieu saint nul n'osera paraître.
Que l'accès en est même interdit au grand prêtre,
11 y vole : et le bruit par ses soins se répand
Qii'Arzace est la victime, et que la mort l'attend ;
Que Ninus dans son sang doit laver son injure.
On parle au peuple, aiA grands; on s'assemble, on murmure.
Je crains Ninus, Assur, et le ciel en courroux.
SÉMIRAMIS
Eh bien ! chère Azéma , ce ciel parle par vous : 11 me sufQt. Je vois ce qui me reste à faire. On peut s'en reposer sur le cœur d'une mère. Ma fille, nos destins à la fois sont remplis; Défendez votre époux , je vais sauver mon fils.
AZÉMA
Ciel!
SÉMIRAMIS
Prête à l'épouser, les dieux m'ont éclairée; ils inspirent encore une mère éplorée : Mais les moments sont chers. Laissez-moi dans ces lieux;
478 SÉMIRAMIS
Ordonnez en mon nom que les prêtres des dieux ,
Que les chefs de l'État viennent ici se rendre.
(Azéma passe dans le vestibule du temple; Sémiramis, de l'autre
côté, s'avance vers le mausolée.) Ombre de mon époux , je vais venger ta cendre. Voici l'instant fatal où ta voix m'a promis Que l'accès de ta tombe allait m'être permis : J'obéirai; mes mains, qui guidaient des armées , Pour secourir mon fils à ta voix sont armées. ,
Venez , gardes du trône , accourez à ma voix ; D'Arzace désormais reconnaissez les lois : Arzace est votre roi ; vous n'avez plus de reine ; Je dépose en ses mains la grandeur souveraine. Soyez ses défenseurs, ainsi que ses sujets. Allez.
(Les gardes se rangent au fond de la scène.)
Dieux tout-puissants, secondez mes projets!
(Elle entre dans le tombeau.)
AZÉMA, revenant de la porte du temple sur le derant de la scène.
Que méditait la reine? et quel dessein l'anime .f* A-t-elle encor le temps de prévenir le crime.!* O prodige, ô destin, que je ne conçois pas ! Moment cher et terrible! Arzace, Ninias! Arbitres des humains , puissances que j'adore , Me l'avez- vous rendu pour le ravir encore.'