ACTE V, SCÈNE IV
AZÉMA
Gardez-vous de remplir cet affreux ministère.
NINIAS
Je dois un sacrifice, il le faut , j'obéis.
AZÉMA
Non , Ninus ne veut pas qu'on immole son fils.
NINIAS
Comment.' ,
Vous n'irez point dans ce lieu redoutable; Un traître y tend pour vous un piège inévitable.
NINIAS
Qui peut me retenir .î> et qui peut m'effrayer.^
AZÉMA
C'est vous que dans la tombe on va sacrifier ; Assur, l'indigne Assur a d'un pas sacrilège Violé du tombeau le divin privilège :
Il vous attend.
NINIAS
Grands dieux ! tout est donc éclairci!
Mon cœur est rassuré , la victime est ici ; Mon père , empoisonné par ce monstre perfide , Demande à haute voix le sang du parricide. Instruit par le grand prêtre, et conduit par le ciel , Par Ninus même armé contre le criminel, Je n'aurai qu'à frapper la victime funeste Qu'amène à mon courroux la justice céleste. Je vois trop que ma main , dans ce fatal moment , D'un pouvoir invincible est l'aveugle instrument. Les dieux seuls ont tout fait, et mon âme étonnée S'abandonne à la voix qui fait ma destinée. Je vois que, malgré nous, tous nos pas sont marqués; Je vois que des enfers ces mânes évoqués Sur le chemin du trône ont semé les miracles : J'obéis sans rien craindre, et j'en crois les oracles.
AZÉMA
Tout ce qu'ont fait les dieux ne m'apprend qu'à tremir; Ils ont aimé Ninus , ils l'ont laissé périr.
NINIAS
Ils le vengent enfin : étouffez ce murmure.
Ils choisissent souvent une victime pure;
4 80 SEMIRAMIS
Le sang de l'innocence a coulé sous leurs coups.
NINIAS
Puisqu'ils nous ont unis , ils combattent pour nous. Ce sont eux qui parlaient par la voix de mon père. Ils me rendent un trône, une épouse, une mère; Et, couvert à vos yeux du sang du criminel. Ils vont de ce tombeau me conduire à l'autel. J'obéis, c'est assez; le ciel fera le reste.