ACTE 1, SCÈ.NE IV
Je vois Kome embrasée, et des mains meurtrières, Des supplices, des morts , des /louves teints de sang; De mon père au sénat je vois percer le flanc ; Vous-même, environné d'une troupe en furie, Sur des monceaux de morts exhalant votre vie; Des torrents de mon sang répandus par vos coups , Et votre épouse entin mourante auprès de vous. Je me lève , je fuis ces images funèbres ; Je cours , je vous demande au milieu des ténèbres : Je vous retrouve, hélas! et vous me replongez Dans l*abîme des maux qui me sont présagés.
CATILINA
Allez, Catilina ne craint point les augures ;
Et je veux du courage, et non pas des murmures ,
Quand je sers et l'État , et vous , et mes amis.
AURÉLIE
Ah ! cruel , est-ce ainsi que l'on sert son pays ? J'ignore à quels desseins ta fureur s'est portée; S'ils étaient généreux, tu m'aurais consultée : Nos commims intérêts semblaient te l'ordonner : Situ feins avec moi , je dois tout soupçonner. Tu te perdras : déjà ta conduite est suspecte A ce consul sévère, et que Rome respecte.
CATILINA
Cicéron respecté ! lui, mon lâche rival I SCÈNE IV.
CATILINA , AURÉLIE ; MARTIAX, l'un des conjurée
MARTIAN
Seigneur, Cicéron vient près de ce lieu fatal. Par son ordre bientôt le sénat se rassemble : 11 vous mande en secret.
AIRÉLIK.
Catilina , je tremble A cet ordre subit , à ce funeste nom.
CATILINA
Mon épouse trembler au nom de Cicéron!
Que Nonnius séduit le craigne et le révère; Qu'il déshonore ainsi son rang , son caractère ;
Qu'il serve, il en est digne , et je plains son erreur ; Mais de vos sentiments j'attends plus de grandeur. Allez , souvenez-vous que vos nobles ancêtres Choisissaient autrement leurs consuls et leurs maîtres. Quoi ! vous , femme et Romaine, et du sang d'un is'éron , Vous seriez sans orgueil et sans ambition ? Il en faut aux grands cœurs.
AURÉLIE
Tu crois le mien timide ; La seule cruauté te paraît intrépide.
Tu m'oses reprocher d'avoir tremblé pour toi. Le consul va paraître; adieu , mais connais-moi : Apprends que cette épouse à tes lois trop soumise, Que tu devais aimer, que ta fierté méprise , Qui ne peut te changer, qui ne peut t'attendrir, Plus Romaine que toi, peut t'apprendre à mourir.
CATILINA
Que de chagrins divers il faut que je dévore ! Cicéron , que je vois , est moins à craindre encore.