SCÈNE iir
CATILINA, CÉTHÉGUS, LEiNTULUS-SURA , AURÉLIE, ETC.
SURA
C'en est fait, et nous sommes perdus; Nos amis sont traliis, nos projets confondus. Préneste entre nos mains n'a point été remise; Nonnius vient dans Rome; il sait notre entreprise. Un de nos confidents, dans Préneste arrêté , A subi les tourments, et n'a point résisté. Nous avons trop tardé; rien ne peut nous défendre; Nonnius au sénat vient accuser son gendre. 11 va cliez Cicéron, qui n'est que tiop instiuit.
AURÉLIE
Eh bien ! de tes forfaits tu vois quel est le fruit ! Voilà ces.grands desseins où j'aurais dû souscrire, Ces destins de Sylla, ce trône, cet empire! Es-tu désabusé? tes yeux sont-ils ouverts.^
CATILINA , après UQ moment de silence.
Je ne m'attendais pas à ce nouveau revers. Mais... me trahiriez-vous?
Je le devrais peut-être.
Je devrais servir Rome, en la vengeant d'un traître : Nos dieux m'en avoueraient. Je ferai plus ; je veux Te rendre à ton pays, et vous sauver tous deux. Ce cœur n'a pas toujours la faiblesse en partage. Je n'ai point tes fureurs, mais j'aurai ton courage; L'amour en donne au moins. J'ai prévu le danger; Ce danger est venu , je veux le partager. Je vais trou\er mon père : il faudra que j'obtienne Qu'il m'arrache la vie, ou qu'il sauve la tienne. 11 m'aime, il est facile; il craindra devant moi D'armer le désespoir d'un gendre tel que toi. J'irai parler de paix à Cicéron lui-môme. Ce consul qui te craint, ce sénat où l'on t'aime, Où César te soutient , où ton nom est puissant, Se tiendront trop heureux de te croire innocent. On pardonne aisément à ceux qui sont à craindre.
Repens-toi seulement, mais repens-toi sans feindre;
Il n'est que ce parti quand on est découvert :
Il blesse ta fierté ; mais tout autre te perd ,
Et je le donne au moins, quoi qu'on puisse entreprendre,
Le temps de quitter Rome, ou d'oser t'y défendre.
Plus de reproche ici sur tes complots pervers ;
Coupable , je t'aimais ; malheureux , je te sers :
Je mourrai pour sauver et tes jours et ta gloire.
Adieu. Catilina doit apprendre à me croire :
Je l'avais mérité.
CATILINA, l'arrêtant.
Que faire? et quel danger?
Écoutez... le sort change, il me force à changer... Je me rends... je vous cède... il faut vous satisfaire... Mais... songez qu'un époux est pour vous plus qu'un père, Et que , dans le péril dont nous sommes pressés, Si je prends un parti , c'est vous qui m'y forcez.
AURÉLIE
Je me charge de tout , fût-ce encor de ta haine. Je te sers , c'est assez. Fille , épouse, et Romaine , Voilà tous mes devoirs , je les suis ; et le tien Est d'égaler un cœur aussi pur que le mien.