SCÈNE II
CICÉRON, CATON , ink. partie des SKNvrEins.
CATON , a Cicéroii.
Viens, tu vois des ingrats. Mais Rome te défère Les noms, les sacrés noms de père et de vengeui; Et l'envie à tes pieds t'admire avec terreur,
CICÉRON
Romains , j'aime la gloire, et ne veux point m'en taire;
Des travaux des Inmiains c'est le digne salaire.
Sénat, en vous servant il la faut acheter :
Qui n'ose la vouloir n'ose la mériter.
Si j'applique à vos maux une main salutaire ,
Ce que j'ai fait est peu , vojons ce qu'il faut faire.
Le sang coulait dans Rome : ennemis, citoyens,
Gladiateurs, soldats, chevaliers, plébéiens.
Étalaient à mes yeux la déplorable imago
Et d'une ville en cendre, et d'un champ de carnage :
La flamme , en s'élançant de cent toits dévorés ,
Dans l'horreur du combat guidait les conjurés :
Céthégus et Sura s'avançaient à leur tôte,
Ma main les a saisis; leur juste mort est prête.
Mais quand j'étouffe l'hydre, il renaît en cent lieux :
Il faut fendre partout les flots des factieux.
Tantôt Catilina, tantôt Rome l'emporte.
Il marche au Quirinal , il s'avance à la porte ;
Kl là , sur des amas de mourants et de morts,
Ayant /ait à mes yeux d'incroyables efforts,
Il se fiaye un passaj^e , il vole à son armée.
J'ai peine à rassurer Rome entière alarmée.
Antoine, qui s'oppose au fier Catilina,
A tous ces ^ étérans aguerris sous Sylla ,
Antoine, que poursuit notre mauvais génie,
Par un coup imprévu voit sa force affaiblie;
Et son corps accablé, désormais sans vigueur,
Sert mal en ces moments les soins de son grand cœur;
Pétréius étonné vainement le seconde.
Ainsi de tous côtés la maîtresse du monde ,
Assiégée au dehors , embrasée au dedans ,
Est cent fois en un jour à ses derniers moments.
CRASSUS
Que fait César ?
CICÉRON
Il a, dans ce jour mémorable , Déployé , je l'avoue, un courage indomptable; Mais Rome exigeait plus d'un cœur tel que le sien. 11 n'est pas criminel , il n'est pas citoyen. Je l'ai vu dissiper les plus hardis rebelles; Mais bientôt, ménageant des Romains infidèles, 11 s'efforçait de plaire aux esprits égarés. Aux peuples, aux soldats, et même aux conjurés Dans le péril horrible où Rome était en proie. Son front laissait briller une secrète joie : Sa voix , d'un peuple entier sollicitant l'amour. Semblait inviter Rome à le servir un jour. D'un trop coupable sang sa main était avare.
CATON
Je vois avec horreur tout ce qu'il nous prépare. Je le redis encore, et veux le publier, De César en tout temps il faut se défier.