‹ ThéatreChapitre 428 sur 520 · ACTE I, SCÈNE lll · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE lll

O famille de dieux sur la terre adorés !

Que vous dirai-je? hélas I leurs tètes exposées

Du vainqueur insolent excitent les risées,

Tandis que leurs sujets, tremblant de murmurer,

Baissent des yeux mourants qui craignent de pleurer.

De nos honteux soldats les phalanges erranîes

A genoux ont jeté leurs armes impuissantes.

Les vainqueurs fatigués dans nos murs asservis ,

Lassés de leur victoire et de sang assouvis,

Publiant à la fin le terme du carnage,

Ont, au lieu de la mort, annoncé l'esclavage.

Mais d'un plus grand désastre on nous menace encor :

On prétend que ce roi des liers enfants du Nord ,

Gengis-kan , que le ciel envoya pour détruire,

Dont les seuls lieutenants oppriment cet empire ,

Dans nos murs autrefois inconnu , dédaigné ,

Vient, toujours implacable , et toujours indigné,

Consommer sa colère et venger son injure.

Sa nation farouche est d'une autre nature

Que les tristes humains qu'enferment nos remparts -,

Ils habitent des champs , des tentes et des chars ;

Ils se croiraient gênés dans cette ville immense ;

De nos arts , de nos lois la beauté les offense. '

Ces brigands vont changer en d'éternels déserts

Les murs que si longtemps admira l'univers.

IDAMÉ

Le vainqueur vient sans doute armé de la vengeance. Dans mon obscurité j'avais quelque espérance; Je n'en ai plus. Les cieux , à nous nuire attachés, Ont éclairé la nuit où nous étions cachés. Trop heureux les mortels inconnus à leur maître I

ZAMTl.

Les nôtres sont tombés : le juste ciel peut-être Voudra pour l'orphelin signaler son pouvoir : Veillons sur lui ; voilà notre premier devoir. Que nous veut ce Tartare?

IDÂMÉ.

O ciel , prends ma défende ;

Page 1