ACTE III, SCENE IV
GENGIS
Jiiste Ciel, à ce point mou cœur serait changé'
C est ICI que ce cœur connaîtrait les alarmes
\amcu par la beauté, désarmé par les larmes,
Dévorant mon dépit et mes soupirs iionteux '
Moi , rival d'un esclave , et d'un esclave heureux '
Je souffre qu'il respire , et cependant on l'aime •
Je respecte Idaraé jusqu'en son époux mémo-
Je crams de la blesser en enfonçant mes coups
Dans le cœur détesté de cet indigne époux.
Est-il bien vrai que j 'aime ? est-ce moi qui soupire ^
Qn est-ce donc que l'amour? a-t-il donc tant d'empire.'
OCTAR,
Je n'appris qu'à combattre, à marcher sous vos lois ■
Mes chars et mes coursiers, mes flèches, mon carquois,
Voila mes passions et ma seule science :
Des caprices du cœur j'ai peu d'intelligence;
Je connais seulement la victoire et nos mœurs :
Les captives toujours ont suivi leurs vainqueurs.
Cette délicatesse importune , étrangère ,
Dément votre fortune et votre caractère'.
Et qu'importe pour vous qu'une esclave de plus
Attende en gémissant vos ordres absolus?
GE.XGIS.
Qui connaît mieux que moi jusqu'où va ma puissance? Je puis , je le sais trop , user de violence : Mais quel bonheur honteux , cruel , empoisonné , D'assujettir un cœur qui ne s'est point donné , ' De ne voir, en des yeux dont on sent les atteintes. Qu'un nuage de pleurs et d'éternelles craintes , Et de ne posséder, dans sa funeste ardeur. Qu'une esclave tremblante à qui l'on fait horreur : Les monstres des forets qu'liabitent nos Tartares Ont des jours plusseieins, des amours moins barbares. Enfin il faut tout dire; Idamé prit sur moi tin secret ascendant qui m'imposait la loi. Te tremble que mon cœur aujourd'laiis'ei» sou>ieniie : l'on étais indigné ; son àme eut sur la mienne , tt sur mon caractère, et sur ma volonté, In empire plus sûr et plus illimité Juejcn'ca ai reçu, des mains de la victoire,
Sur cent rois détrônés, accablés de ma gloire : ' Voilà ce qui tantôt excitait mon dépit. Je la veux pour jamais chasser de mon esprit. Je me rends tout entier à ma grandeur suprême ; Je l'oublie : elle arrive , elle tiiomplie , et } aime. .
GENGIS, OCTAR , OSMAN.
Eh bien ! que résout-elle , et que m'apprene/.-vous ?
OSMAN
Elle est prête à périr auprès de son époux ,
Plutôt que découvrir l'asile impénétrable
Où leurs soins ont caché cet enfant misérable :
Ils jurent d'affronter le plus cruel trépas.
son époux la retient tremblante entre ses bras ;
Il soutient sa constance, il l'exhorte au supplice .
Us demandent tous deux que ^^ «^«^VtTémUd'effroi Tout un peuple autour d'eux pleure et frémit d ettroi.
GENGIS
tdamé , dites-vous , attend la mort de moi ? Ah ! rassurez son âme , et faites-lm coima tre Que ses jours sont sacrés, qu'ils sont chers a son maître. ' C'en est assez ; volez.