‹ ThéatreChapitre 47 sur 520 · ACTE I, SCENE J · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE J

Ce tyran , protecteur d'un tyran comme lui, Qui couvre de son camp les rivages du Tibre, Respecte le sénat et craint un peuple libre. Aujourd'hui, devant vous abaissant sa hauteur, Il'demande à traiter par un ambassadeur. Arons , qu'il nous députe , en ce moment s'avance : Aux sénateurs de Rome il demande audience : 11 attend dans ce temple; et c'est à vous de vo.'r S'il le faut refuser, s'il le faut rec€voii-.

VALÉP.IUS PUBLICOLA.

Quoi qu'il vienne annoncer, quoi qu'on puisse en attendre,

le faut à son roi renvoyer sans l'entendre : Tel est mon sentiment. Rome ne traite plus A.vec ses ennemis que quand ils sont vaincus. Votre fils, il est vrai, vengeur de la patrie, A deux fois repoussé le tyran d'Étrurie; Je sais tout ce qu'on doit à ses vaillantes mains; Je sais qu'à votre exemple il sauva les Romains : Mais ce n'est point assez ; Rome , assiégée encore , Voit dans les champs voisins ces tyrans qu'elle abhorre. Que Tarquin satisfasse aux ordres du sénat; Exilé par nos lois, qu'il sorte de l'État; De son coupable aspect qu'il purge nos frontières. Et nous pourrons ensuite écouler ses prières. Ce nom d'ambassadeur a paru vous frapper; Tarquin n'a pu nous vaincre, il cherche à nous tromper. L'ambassadeur d'un roi m'est toujours redoutable; Ce n'est qu'un ennemi, sous un titre honorable, Qui vient , rempli d'orgueil ou de dextérité , Insulter ou trahir avec impunité, [lome, n'écoute point leur séduisant langage! Fout art t'est étranger; combattre est ton partage. Confonds tes ennemis , de ta gloire irrités ; Tombe , ou punis les rois : ce sont là tes traités.

BRLTtS.

^ome sait à quel point sa liberté m'est chère : tfais, plein du même esprit, mon sentiment diffère. Te vois cette ambassade, au nom des souverains , jomme un premier hommage aux citoyens romains. Vccoulumons des rois la fierté despolicpie ^ tiaitcr en égale avec la république;

VOI.TAU-.E. TIIKVTRE 7

Attendant que, du ciel remplissant les décrets, Quelque jour avec elle ils traitent en sujets. Arons vient voir ici Rome encor chancelante, Découvrir les ressorts de sa grandeur naissante , Épfer son génie , observer son pouvoir : Romains , c'est pour cela qu'il le faut recevoir. L'ennemi du sénat connaîtra qui nous sommes. Et l'esclave d'un roi va voir enfin des hommes. Que dans Rome à loisir il porte ses regards : Il la verra dans vous; vous êtes ses remparts. Qu'il révère en ces lieux le diea qui nous rassemble; Qu'il paraisse au sénat, qu'il écoute, et qu'il tremble. (Les sénateurs se lèvent, et s'approchent un moment pour donner Icu: voix.) VALÉRIUS PUBLICOLA..

Je vois tout le sénat passer à votre avis ; Rome et vous l'ordonnez : à regret j'y souscris. Licteurs, qu'on l'introduise; et puisse sa présence N'apporter en ces lieux rien dont Rome s'offense i

(à Brutus.)

C'est sur vous seul ici que nos yeux sont ouverts , C'est vous qui le premier avez rompu nos fers : De notre liberté soutenez la querelle ; Rrutus en est le père , et doit parler pour elle.

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