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ACTE I, SCÈNE I 6C

Que notre art soit de vaincre, et je n'en veux point d'antre.

J'ospère en ma valeur, j'attends tout de la vôtre;

Et j'approuve surtout cette sévérité

Vengeresse des lois et de la liberté.

Pour détruire l'Espagne , il a suffi d'un traître * :

îl en fut parmi nous; chaque jour en voit naître.

Mettons un frein terrible à l'infidélité;

Au salut de l'État que toute pitié cède ;

Combattons Solamir, et proscrivons ïancrède.

Tancrède , né d'un sang parmi nous détesté,

Est plus à craindre encor pour notre liberté.

Dans le dernier conseil , un décret juste et sage

Dans les mains d'Orbassan remit son héritage ,

Pour confondre à jamais nos ennemis cachés ,

A ce nom de Tancrède en secret attachés :

Du vaillant Orbassan c'est le juste partage.

Sa dot, sa récompense.

CATANE

Oui, nous y souscrivons.

Que Tancrède, s'il veut , soit puissant à Byzance ; Qu'une cour odieuse honore sa vaillance ; Il n'a rien à prétendre aux lieux où nous vivons. Tancrède , en se donnant un maître despotique , A renoncé lui-même à nos sacrés remparts : Plus de retour pour lui ; l'esclave des Césars Ne doit rien posséder dans une république. Orbassan de nos lois est le plus ferme appui, Et l'État , qu'il soutient, ne pouvait moins pour lui, Tel est mon sentiment.

ARGIRE.

Je vois en lui mon gendre^ ; Ma fille m'est bien chère , il est vrai; mais enfin Je n'aurais point pour eux dépouillé l'orphelin : Vous savez qu'à regret on m'y vit condescendre.

LORÉDAN

Blàmez-vous le sénat?

ARGUiE.

Non; je hais la rigueur, Mais toujours h la loi je fus prêt à me rendre , Et l'intérêt commun l'emporta dans mon cœur. » Le comte Julien , ou l'arclicvôciuc Opas.

606 TANCîiEDE.

ORBASSAN

Ces biens sont à l'Etat, l'État seul doit les prendre. Je n'ai point recherché celte faible faveur.

ARGIRE.

N'en parlons plus : hâtons cet heureux hyménée ;

Qu'il amène demain la brillante journée

Où ce chef arrogant d'un i)euple destructeur,

Solamir, à la fin , doit connaître un vainqueur.

Voire rival en tout , il osa bien prétendre,

En nous offrant la paix , à devenir mon gendre ' j

11 pensait m'honorer par cet hymen fatal.

Allez... dans tous les temps triomphez d'un rival :

Mes amis, soyons prêts... ma faiblesse et mon âge

Ne me permettent plus l'honneur de commander;

A. mon gendre Orbassan vous daignez l'accorder.

Vous suivre est pour mes ans un assez beau partage;

Je serai près de vous ; j'aurai cet avantage ;

Je sentirai mon cœur encor se ranimer ;

Mes yeux seront témoins de votre fier courage,

Et vous auront vu vaincre avant de se fermer.

LORÉDAN

Nous combattrons sous vous, seigneur; nous osons croire Que ce jour, quel qu'il soit, nous sera glorieux; Nous nous promettons tous l'honneur de la victoire, Ou l'honneur consolant de mourir à vos yeux.

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