SCÈNE III
TANCRÈDE , ALDAMON.
TANCRÈDE
Ah ! trop heureux ami , tu sors de sa présence :
Tu vois tous mes transports; allons, conduis mes pas.
ALDAMON.
Vers ces funestes lieux , seigneur, n'avancez pas.
TANCRÈDE
Que me dis-tu? les pleurs inondent ton visage !
ALDAMON.
Ah ! fuyez pour jamais ce malheureux rivage ! Après les attentats que ce jour a produits , Je n'y puis demeurer, tout obscur que je suis.
TANCRÈDE
Coaunent?...
ALDAMON.
Portez ailleurs ce courage sublime :
La gloire vous attend aux tentes des Césars ; Elle n'est point pour vous dans ces affreux rempart b Fuyez ; vous n'y verriez que la honte et le crime. -
De quels traits inouïs viens-tu percer mon cœur î Qu'as-tu vu ? que t'a dit, que fait Aménaïde.'
ALDAMOK.
J'ai trop vu vos desseins... Oubliez-la , seigneur.
TANCRÈDE
Ciel ! Orbassan l'emporte ! Orbassan ! la perfide! L'ennemi de son père , et mon persécuteur!
ALDAMON.
Son père a ce matin signé cet hyménée ; Et la pompe fatale en était ordonnée...
TANCRÈDE
Et je serais témoin de cet excès d'horreur !
ALDAMON.
Votre dépouille ici leur fut abandonnée , Vos biens étaient sa dot. Un rival odieux , Seigneur, vous enlevait le bien de vos aïeux.
TANCRÈDE
Le lâche ! il m'enlevait ce qu'un héros méprise.