‹ ThéatreChapitre 509 sur 520 · ACTE lY , SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE lY , SCÈNE V

Qui dérobait Tancrède à l'injuste vengeance De vos communs tyrans armés contre vous deux. Quels yeux pouvaient percer ce voile ténébreux? Le préjugé l'emporte, et l'on croit l'apparence.

AMÉN.VÏDE.

Lui , me croire coupable !

FANIE.

Ah ! s'il peut s'abuser , Excusez un amant.

AMÉNAÏDE, reprenant sa fierté et ses forces. Rien ne peut l'excuser...

Quand l'univers entier m'accuserait d'un crime : Sur son jugement seul un grand homme appuyé A l'univers séduit oppose son estime.

Il aura donc pour moi combattu par pitié! Cet opprobre^st affreux , et j'en suis accablée. Hélas! mourant pour lui, je mourais consolée! Et c'est lui qui m'outrage et m'ose soupçonner ! C'en est fait; je ne veux jamais lui pardonner; Ses bienfaits sont toujours présents à ma pensée, Ils resteront gravés dans mon âme offensée : Mais s'il a pu me croire indigne de sa foi , C'est lui qui pour jamais est indigne de moi. Ah ! de tous mes affronts c'est le plus grand peut-être.

FAME

Mais il ne connaît pas...

AMÉNAÏDE

11 devait méconnaître; Il devait respecter un cœur tel que le mien ; Il devait présumer qu'il était impossible Que jamais je trahisse un si noble lien. Ce cœur est aussi fier que son bras invincible; Ce cœur était en tout aussi grand que le sien , Moins soupçonneux sans doute , et surtout plus sensible. Je renonce à Tancrède , au reste des mortels ; Es sont faux ou méchants , ils sont faibles , cruels, Ou trompeurs, on trompés ; et ma douleur profonde, En oubliant Tancrède, oubliera tout le monde.

C44 TANCRÊDE.

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