‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 142 sur 456 · ACTE IV. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE I

, On supprime des Dieux la sentence mortelle ;

Et quoique le bûcher soit déjà préparé,

Le nom de la victime est encore ignoré :

Tout le camp n*en sait rien. Doris, à ce silence,

Ne reconnois-tu pas un père qui balance ?

Et que fera-t-il donc? Quel courage endurci

Soutiendroit les assauts qu'on lui prépare ici :

Une mère en fureur, les larmes d'une lille, ' Les cris, le clésespoir de toute une famille.

Le sang à ces objets facile à s'ébranler,

Achille menaçant, tout prêt à l'accabler?

Non, te dis-je, les Dieux l'ont en vain condamnée :

Je suis et je serai la seule infortunée.

Ah! si je m'en croyois....

^ DUKIS.

Quoi? Que méditez-vous?

ÉRIPHILE

Je ne sais qui m'arrête et retient mon courroux, Que par un prompt avis de tout ce qui se passe, Je ne coure des Dieux divulguer la menace, ii3o Et publier partout les complots criminels Qu'on fait ici contre eux et contre leurs autels.

DORIS

Ah ! quel dessein, Madame I

ÉRlPHirE.

Ah! Doris, quelle joie!

Que d'encens brûleroit dans les temples de Troie, Si troublant tous les Grecs, et vengeant ma prison, ii35 ^ Je pouvois contre Achille armer Agamemnon; Si leur haine, de Troie oubliant la querelle, Tournoit contre eux le fer qu'ils aiguisent contre elle,

TU IPHIGÉKiE.

Et si de tout le camp mes avis dangereux

Faisoient à ma patrie un sacrifice^ heureux! |i4o

DORIS

J enteiids du bruit. Ou Aient : Clytemnestre s'avance i Remettez-vous, Madame, ou fuyez sa présences

Rentrons. Et pour troubler un hymen odieux» Consultons des fureurs qu'autorisent les Dieux -»

sgêm; n

aYTEICŒSTRE. EGINE.

CLTTEM5ESTRE.

-EiTiue, tu le vois, il faut que je la fuie. ii45

Loin que ma fille pleure et tremble pour sa vie,

Elle excuse son père, et veut i^ue ma douleur

Respecte encor la main qui lui perce le cœur.

0 constance ! ô respect ! Pour prix de sa tendresse.

Le barbare à l'autel se plaint de sa paresse. ii5o

Je l'attends. 11 viendra m'en demander raison,

Et croit pouvoir encor cacher sa trahison.-

II vient. Sans éclater contre son injustice.

Voyons s'il soutiendra sou indigne artifice.

1. « Sacrifice et sacrifier sont à la mode », faisait remarquer le P. BouhDurs dans les Entretiens d*Ariste et tt Eugène (4* éd.. 1673. p. il9).

i. Le théâtre reste ride; mais les scènes sont liées, car î)oris a vu ytemaestre, et c'est l'arrivée de celle-ci qui fait retirer Ériphile, C'est une Uaisen de eue, cemme dit CorBeille.

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