ACTE IV, SCÈÎ^E IV
IPHIGÉNIE
Mon pèré,
Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi. 1175 Quand vous commanderez, vous serez obéi. Ma vie est votre bien. Vous voulez le reprendre : Vos ordres sans détour pouvoient se faire entendre. D'un œil aussi content, d'un cœur aussi soumis Que j'acceptois l'époux que vous m'aviez promis, Je saurai, s'il le faut, victime obéissante, Tendre au fer de Calchas une tête innocente, Et respectant le coup par vous-même ordonné. Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné *.
Si pourtant ce respect, si cette obéissance ii85 Paroit digne à vos yeux d'une autre récompense, Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis, J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis Peut-être assez d'honneurs environnoient ma vie Pour ne pas souhaiter qu'elle me lut ravie, 1190 Ni qu'en me l'arrachant un sévère destin Si près de ma naissance en eût marqué la fin. Fille d'Agamemnon, c'est moi qui la première %
Œuv/ufTiv ê/ovTsç xal Tapayixôv ôjxpLaTwv.... (1122-1129.) 'AirwXoiJ-s^Qa- -âooôéSoTai là TcpunTà p.o'j. (1140.)
« Mon enfant, pourquoi pleures-tu? Pourquoi ne me regardes-tu plus avec joie? Pourquoi baisses-tu les yeux, et les couvres-tu de ta Poije?— Hélas! — Qu'y a-t-il donc, que vous semblez tous d'accord pour me montrer le même trouble, la même consternation sur vos /isages? »
1. Dans Euripide, Clytemnestre parle (1146) ; puis le chœur dit deux /ers. Iphigénie prend la parole (1211) ; enfin, après deux autres vers du :hœur, Agamemnon répond (1255). Racine a fait parler Clytemnestre la lernière, après qu'Agamemnon a refusé d'accueillir la prière de sa 111e.
2, Rotrou disait (IV^ ni) î
S'il vous souvient pourtant que je suis la première Qui vqu» Ait appelé de en fioux nom 4e pfer«.
IPHIGÉNIE
Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père;
C'est moi qui si longtemps le plaisir de vos yeux, iigS
Vous ai fait de ce nom remercier les Dieux,
Et pour qui tant de fois prodiguant vos caresses,
Vous n'avez point du sang dédaigné les foiblesses.
Hélas! avec plaisir je me faisois conter
Tous les noms des pays que vous allez dompter; i2or
Et déjà, d'ilion présageant la conquête,
D'un triomphe si beau je préparois la fête.
Je ne m'attendois pas que pour le commencer,
Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.
Non que la peur du coup dont je suis menacée i2o5 Me fasse rappeler votre bonté passée.
Ne craignez rien : mon cœur, de votre honneur jaloux, Ne fera point rougir un père tel que vous ; Et si je n'avois eu que ma vie à défendre, J'aurois su renfermer un souvenir si tendre. 1210
Qui V0U5 ait fait caresse, et qui, sur vos genoux, Vous ait servi longtemps d'un passe-temps si doux.
L'idée est d'Euripide :
itp(î)TTr\ 6è YÔvaar'- (joiii (jwaa 8ouc' S{xôv,
cpîXaç yjxp'.'zoLc, è'Swy.a /tàvT£6sÇà|J.TjV. (12^-1223.)
« C'est moi qui la première t'ai donné le nom de père, et la première tu m'as appelée ton enfant. La première, assise sur tes genoux, je t'ai donné et j'ai reçu de toi de tendres caresses. »
Dans la tragédie de Jephté, Buchanan s'était inspiré d'Euripide ; Iphis dit à .lephté-:
Per si quid unqiiam mérita sum de te bene; Si quando parvis comprimens te brachiis Onus pependi dulce de collo tuo ; Per si quid ex me tibi voluptatis fuit
« Par tout ce que tu me dois d'amour, si jamais je t'ai serré dans mes petits bras, et si je me suis pendue^ dotix fardeau^ à ton cou^ par toul ce que Je t'ai d^nné â« joieSiM.. »