ACTE H, SCENE I
MONIME
Regarde en (iuei état tu veux que je me montre. Vois ce visage en pleurs; et loin de le chercher, Dis-moi plutôt, dis-moi que je m'aille cacher. 390
PH^DIME
Que dites-vous ? 0 Dieux !
MONIME
Ah ! retour qui me tue !
Malheureuse ! comment paroîtrai-je à sa vue. Son diadème au front, et dans le fond du cœur, Phœdime.... Tu m'entends, et tu vois ma rougeur.
PHJIDIME.
Ainsi vous retombez dans les mêmes alarmes SgS Qui vous ont dans la Grèce arraché tant de larmes? Et toujours Xipharès revient vous traverser ?
MONIME
Mon malheur est plus grand que tu ne peux penser. Xipharès ne s'offrpit alors à ma mémoire Que tout plein de vertus, que tout brillant de gloire ; ^00 Et je ne savois pas que pour moi plein de feux, Xipharès des mortels fût le plus amoureux.
PHJIDIME.
Il vous aime, Madame? Et ce héros aimable....
MONIME
Est aussi malheureux que je suis misérable.
Il m'adore, Phaedime; et les mêmes douleurs 4o5
Qui m affligeoient ici le tourmentoient ailleurs.
MITHRÏDATE
PH^DIME
Sait-il en sa faveur jusqu'où va votre estime? Sait-il que vous l'aimez?
MONIME
Il l'ignore, Phaedime.
Les Dieux m'ont secourue; et mon cœur affermi N'a rien dit, ou du moins n'a parié qu'à demi. 41Q Hélas! si tu savois, pour garder le silence, " Combien ce triste cœur s'est fait de viole^ice ! Quels assauts, quels combats j'ai tantôt soutenus! Phaedime, si je puis, je ne le verrai plus. Malgré tous le^ efforts que je pourrois me faire, 4j5 Je verrois ses douleurs, je ne pourrois me taire. Il viendra, malgré moi, m'arracher cet aveu. Mais n'importe, s'il m'aime, il en jouira peu; Je lui vendrai si cher ce bonheur qu'il ignore. Qu'il vaudroit mieux pour lui qu'il l'ignorât encore. 49.0
PH^DIME
On vient. Que faites-vous, Madame?
MONBIE.
Je ne puis.
Je ne paroîtrai point dans le trouble où je suis.