ACTE II, SCÈNE L
Prévenez, punissez leurs insolents efforts;
De leur dépouille enfin grossissez vos trésors. »
Je dis, et l'on me crut. Le Roi, dès l'heure même, 5o5
Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême * :
(( Assure, me dit-il, le repos de ton roi;
Va, perds ces malheureux : leur dépouille est à toi. »
Toute la nation fut ainsi condamnée.
Du carnage avec lui je réglai la journée. 5io
Mais de ce traître enfin le trépas différé
Fait trop souffrir mon cœur de son sang altéré.
Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie.
Pourquoi dix jours encor faut-il que je le voie ?
HYDASPE
Et ne pouvez-vous pas d'un mot l'exterminer? 5i5 Dites au Roi, Seigneur, de vous l'abandonner.
AMAN
Je viens pour épier le moment favorable.
licentiam, — Si tihi p/^acet, décerne ut pereat, et decem millia taîentO' rum appendam arcariis gnzse tiise. {Esther^ III, 8, 9.) « Et Aman dit au roi AssiK'riis : II y a un peuple dispersé par toutes les provinces de ton empire, et séparé des autres peuples, usant de lois et de cérémonies particulières, et de plus méprisant les ordres du Roi. Tu sais qu'il est mauvais pour ton royaume de le laisser libre dans son insolence. Si tu veux, fais-le périr : et je paierai dix mille talents à tes trésoriers. » — Cf. Ibid., XIII, 3-7. — Il se mêle ici quelque souvenir des paroles de Tacite sur les Juifs : Adversus omnes altos hostile odium, « ils haïssent tous les peuples comme des ennemis » {Hist.^ V, 5), et sur les chrétiens : Haud perinde in crimine incendii quant odio generis humani convicti sunt (Awn., XV, xliv), « Ils furent moins convaincus d'avoir allumé l'incendie que de haïr tout le genre humain. »
i. Tulit ergo Rex anntdum quo utebatur, de manu sua^ et dédit eum Aman, filw Amadathi de progenie Agag, hosii Judseorum^ dixitque ad eum : Argentum quod tu polliceris, tuum sit ; de populo âge quod tibiplacet. {Esther, III, 10, 11.) « Le roi retira son anneau de son doigt, et le donna à . Aman, fils d'Amadath, de la race d'Agag, ennemi des Juifs, et il lui dit : Garde l'argent que tu m'offres; et fais du peuplo ce que tu veux. »
ESTHER
Tu connois comme moi ce prince inexorable.
Tu sais combien terrible en ses soudains transports,
De nos desseins souvent il rompt tous les ressorts. 620
Mais à me tourmenter ma crainte est trop subtile :
Mardochée à ses yeux est une âme trop vile.
HYDASPE
Que tardez-vous ? Allez, et faites promptemenl Élever de sa mort le honteux instrument*.
AMAN
J'entends du bruit ; je sors. Toi, si le Roi m'appelle.... 525
HYDASPE
Il suffit.