‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 377 sur 456 · ACTE lî, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE lî, SCÈNE V

Par moi Jérusalem goûte ur calme profond.

Le Jourdain ne voit plus l'Arabe vagabond,

m Faltier Philistin, par d'éternels ravages, 47^

Comme au temps de vos rois, désoler ses rivages ;

Le Syrien me traite et de reine et de sœur.

Enfin de ma maison le perfide oppresseur,

Qui devoit jusqu'à moi pousser sa barbarie,

Jéhu, le fier Jéhu, tremble dans Samarie. 48o

De toutes parts pressé par un puissant voisin S

Que j'ai su soulever contre cet assassin,

ïl me laisse en ces lieax souveraine maîtresse.

Je jouissois en paix du fruit de ma sagesse;

Mais un trouble importun vient, depuis quelques jours, i85

De mes prospérités interrompre le cours.

Un songe (me devrois-je inquiéter d'un songe?)

Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge.

Je l'évite partout, partout il me poursuit.

C'étoit pendant l'horreur d'une profonde nuit. 49» Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée,

Comme au jour de sa mort pompeusement, parée.

Ses malheurs n'avoient point abattu sa fierté ;

Même elle avoit encor cet éclat emprunté

Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage 49^

Pour réparer des ans l'irréparable outrage.

(( Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi.

Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.

Je te plains de tomber dans ses mains redoutables.

Ma fille. )) En achevaoït ces mots épouvantables, 5oo

Page 1