‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 379 sur 456 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Dans le temple des Juifs un instinct m'a poussée, Et d'apaiser leur Dieu j'ai conçu la pensée : J'ai cru que des présents calmeroient son courroux, Que ce Dieu, quel qu'il soit, en deviendroit plus dou Pontife de Baal, excusez ma foiblesse.

J'entre : le peuple fuit, le sacrifice cesse. Le grand prêtre vers moi s'avance avec fureur. Pendant qu'il me p^rloit, ô surprise ! ô terreur î J'ai vu ce même enfant dont je suis menacée, Tel qu'un songe effrayant l'a peint à ma pensée*. Je l'ai vu : son même air, son même habit de lin, Sa démarche, ses yeux, et tous ses traits enfin. C'est lui-même. Il marchoit à côté du grand prêtre; Mais bientôt à ma vue on l'a fait disparoître. Yoilà quel trouble ici m'oblige à m'arrêter. Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter. Que présage, Mathan, ce prodige incroyable?

MATHAÎ?. *

Ce songe et ce rapport, tout me semble effroyable.

ATHALÏE.

Mais cet enfant fatal, Abner, vous l'avez vu : Quel est-il? De quel sang ? Et de quelle tribu ?

ABNER

Deux enfants à l'autel prêtoient leur ministère. L'un est fils de Joad, Josabet est sa mère. L'autre m'est inconnu.

1 Louis Racine indique une origine vraisemblable de eei-te fieèfiaa. Alexandre, dans Josèplie, voyant venir au-devant de lui le grand prêtre des Juifs en habits pontificaux, reconnut l'homme qu'un son-e lui avait fait voir.

mo

ATHALIE

MATHAN

Pourquoi délibérer?

De tous les deux, Madame, il se faut assurer. 55o Vous savez pour Joad mes égards, mes mesures * ; Que je ne cherche point à venger mes injures, Que la seule équité règne en tous mes avis ; Mais lui-même après tout, fût-ce son propre fils, Voudroit-il un moment laisser vivre un coupable ? 555

ABNER

De quel crime un enfant peut-il être capable?

MATHAN

Le ciel nous le fait voir un poignard à la main : Le ciel est juste et sage, et ne fait rien en vain. Que cherchez- vous de plus ?

ABNER

Mais, sur la foi d'un songe, Dans le sang d'un enfant voulez-vous qu'on se plonge ? Vous ne savez encor de quel père il est né, Quel il est.

MATHAN

On le craint, tout est examiné.

A d'illustres parents s'il doit son origine, La splendeur de son sort doit hâter sa ruine. Dans le vulgaire obscur si le sort l'a placé, 565 Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé ? Est-ce aux rois à garder cette lente justice ? Leur sûreté souvent dépend d'un prompt supphce.

1- Mes mesures, \a irodération de mes sentiments et de mes actes. Un ne dit pas mes mesures pour... : mais on dit mes égards pour... : et cela suffit à justifier l'expression. Il y a ici un zeu^ma.

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