‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 399 sur 456 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

^'approchai par degrés de l'oreille des rois,

Et bientôt en oracle on érigea ma voix.

J'étudiai leur cœur, je flattai leurs caprices, 935

Je leur semai de fleurs le bord des précipices.

Près de leurs passions rien ne me fut sacré;

De mesure et de poids je changeois à leur gré.

Autant que de Joad l'inflexible rudesse

De leur superbe oreille ofFensoit la mollesse, 94»

Autant je les charmois par ma dextérité.

Dérobant à leurs yeux la triste vérité,

Prêtant à leurs fureurs des couleurs favorables.

Et prodigue surtout du sang des misérables*.

Enfln au Dieu nouveau, qu'elle avoit introduit, 945 Par les mains d'Athalie un temple fut construit-. Jérusalem pleura de se voir profanée; Des enfants de Lévi la troupe consternée En poussa vers le ciel des hurlements afl'reux. Moi seul, donnant l'exemple aux timides Hébreux, 900 Déserteur de leur loi, j'approuvai l'entreprise, Et par là de Baal méritai la prêtrise. Par là je me rendis terrible à mon rival. * Je ceignis ia tiare, et marchai^ son égal.

1 . « On a trouvé, disait TAcadémie, que Mathanse déclare ici très mal à propos le plus scélérat de tous les. hommes ; et il le fait sans aucune nécessité et sans utilité. » C'est une question si les plus rusés, les plus hypocrites n'ont pas besoin d'un confident de leur jeu, à qui ils disent leur secret, pour être admirés dans toute leur habileté, et surtout pour se purger des soupçons de respecter naïvement les vaines idoles d'honneur ou de morale devant lesquelles se prosterne la foule. Voyez don Juan se révélant parëiliement à Sganarelle.

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