ACTE IV, SCÈNE II
xmiARtis.
Généreuse Monime, Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit : Je suis un malheureux que le destin poursuit; C'est lui qui m'a ravi l'amitié de mon père, Qui le fit mon rival, qui révolta ma mère, Et vient de susciter, dans ce moment affreux, Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.
MONIME
Hé quoi? cet ennemi, vous l'ignorez encore?
XIPHARÈS
Pour surcroît de douleur. Madame, je l'ignore. Heureux si je pouvois, avant que m'immoler, 1225 Percer le traître cœur qui m'a pu déceler!
MONlME.
Hé bien ! Seigneur, il faut vous le faire connaître.
Ne cherchez point ailleurs cet ennemi, ce traître;
Frappez : aucun respect* ne vous doit retenir.
J'ai tout fait; et c'est moi que vous devez punir. i23o
XIPHARES.
Vous!
MONIME
Ah ! si vous saviez. Prince, avec quelle adresse Lé cruel est venu surprendre ma tendresse ! Quelle amitié sincère il affectoit pour vous î Content^, s'il vous voyoit devenir mon époux!
1. Aucun respect: aucun égard, aucune considération. C'est le sens du latin respecius.
2. Content.... Cela équivaut au discours indirect, qu'on emploie en
MITHRIDATE
Qui n'auroit cru... ? Mais non, mon amour plus timide 1^35
De voit moins vous livrer à sa bonté pertide.
Les Dieux qui m'inspiroient, et que j'ai mal suivis,
M'ont fait taire trois lois par de secrets avis.
J'ai dû continuer; j'ai dù dans tout le reste....
Que sais-je enfm? j'ai dû vous être moins funeste; 124c
J'ai dû craindre du Roi les dons empoisonnés,
Et je m'en punirai, si vous me pardonnez.
XIPHARÈS
Quoi ? Madame, c'est vous, c'est l'amour qui m'expose ?
Mon malheur est parti d'une si belle cause ?
Trop d'amour a trahi nos secrets amoureux? 1245
Et vous vous excusez de m'avoir fait heureux?
Qîie voudrois-je de plus? glorieux et fidèle.
Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle.
Consentez-y, Madame ; et sans plus résister,
Achevez un hymen qui vous y fait monter. isSc
MONIME
Quoi? vous me demandez que j'épouse un barbare Dont l'odieux amour pour jamais nous sépare ?
XIPHARÈS
Songez que ce matin, soumise à ses souhaits, Vous deviez l'épouser, et ne me voir jamais.
MONIME
Et connoissois-je alors toute sa barbarie? i255 Ne voudriez-vous point qu'approuvant sa furie, Après vous avoir vu tout percé de ses coups, Je suivisse à l'autel un tyrannique époux,
latin pour rapporter les paroles d'autrui, en sous-entendant Tidée de dire : « Lsetum se fore, si,,. »