‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 18 sur 141 · Miuute Barraud 22 novembre · texte numérisé non relu

Miuute Barraud 22 novembre

des eaux et forêts de Moulins, puis contrôleur du grenier à sel ; Pierre, fils de Jean, sera également contrôleur du grenier à sel, mais il sera, lui premier de sa race, qualifié de « noble homme » '. Ne sont-ce pas gens nés sous une heureuse étoile que ces descendants du petit huissier de campagne devenus de gros propriétaires, des personnages influents auxquels on dit « messire » ? Cent cinquante années, au bas mot, de prospérité ininterrompue, de progrès continus ; un siècle et demi sans jamais redescendre un échelon ! Sans doute, le dieu des poètes protégeait tout spécialement la famille d'où devait sortir l'un des siens !

On dit, à ce propos, qu'un jour ce dieu bizarre...

s'avisa. de créer chez les Denozier comme une épreuve avant la lettre du personnage funambulesque. Ce fut Etienne Denozier, receveur du centième denier pour le roi. Né vers 17c j, de Pierre Denozier et d'Anne Moreau, il renonça à ses fonctions en 1786, sans doute à la mort de son père : à trente ans, il devenait « une espèce de marquis deCarabas», propriétaire de l'immense domaine des Coquats, sur les confins de la Nièvre et de l'Allier ; il y vécut en gentilhomme campagnard, chassant, péchant, buvant et mangeant du meilleur, tenant table ouverte, et, « comme il avait le diable dans le ventre », mystifiant de mille et une manière ses contemporains. Aujourd'hui encore ses farces sont légendaires à Moulins ; il s'en prenait volontiers aux ecclésiastiques, à ce qu'on dit, et ses tours, il faut bien l'avouer, n'étaient pas toujours d'un goût irréprochable. Son arrière-petit-fils a raconté [S., 6] comment il avait fait vendre le mobilier du curé de Lucenay, et j'ai oui dire, à Lucenay même, qu'un dimanche matin, dix minutes avant la messe, ledit curé avait piqué une tète dans une mare située à cinquante mètres du porche de son église, « afin que nul n'en ignore ». Peut-être les voyageurs qui flâneront dans ces parages apprendront-ils comment, aux Coquats, la poudre à canon servait de « réveille-matin », ou pourquoi les curés du canton durent un jour regagner leurs presbytères en sabots, les rats ayant mangé leurs souliers dans la nuit. Pourtant ils devront se consoler s'ils constatent que ces histoires ne volent plus sur les bouches des hommes ; ces grosses farces ne méritent guère de passer à la postérité ; Banville s'est peut-être

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