Théodore Parker, sa vie et ses oeuvres
J’ai toujours considéré comme une des bonnes fortunes de ma carrière d’éci ivain d’avoir pu, grâce à l’incomparable oi-ganede la Reçue des Deux Mondes^, attirer l’attenlion du grand public sur l’éminent prédicateur unitaire de Boston, Théodore Parker. Son nom sans doute était dt^jà connu dans plusieurs cercles religieux; mais, en dehors de l’Amérique surtout, sa notoriété était loin d’être proportionnelle à ses mérites. Depuis la publication de cet article, de nombreux indices, surgissant en ([uePiue sorte aux quatre coins de l’iiorizou, témoignent de l’intérêt croissant qui s’attache aux idées et au
t. Numéro du l" octobre 1801.
ÏHÉÜbüHE PARKÜU.
caractère de cet homme vraiment admirable, l’une de ces ûmes supérieures du xix« siècle que le soleil de l’avenir a éclaii ées de ses premiers rayons. C’est donc avec tout rempressemenl que des occupations multipliées me permettaient d’apporter à cette tâche, que je me suis rendu au désir exprimé par quelques-uns de ses anciens amis de reproduire sa biographie avec plus de détails cl d’exi)licalions que les limites d’un ai licle de levue n’en autorisaient dans mon premier travail. En le composant, d’ailleurs, je n’avais eu à ma disposition que quelques articles de journaux, notices funèbres, communications bienveillantes, et depuis loi-s les sources à consulter pour retracer l’attachante histoire de la vie de Parker se sont accrues. Nous devons, entre autres, à l’un de ses amis, M. J. Weiss, l’inappréciable avantage de connaître sa volumineuse correspondance, du moins dans tout ce qu’elle a d’intéressant pour le public K Quelques inconvénients, provenant d’une distribution, à notre avis peu commode, des nombreuses lettres reproduites par l’honorable biographe, ne sauraient diminuer notre reconnaissance pour le grand service qu’il nous a rendu. Nous lui savons gré
1. Life and correspondencc of Th. Parker, by J. Weiss. Londres, 1863,
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aussi d’avoir pamMiië son récit de noies eiiiprunlces au journal intime que Parker avait l’habitude de rédiger pour lui-même, et dont les extraits, plus encore que des faits racontés et même que des lettres amicales, nous permettent de pénétrer jus- (lu’à son noble cœur.
Cette étude, reprise d’après des sources nouvelles, m’a conduit à rectifier sur plus d’un point mon premier travail, du moins pour ce qui concerne le cadre extérieur de la biographie. Car, quant au fond, je ne puis que persister dans le jugement que j’ai porté dès le principe sur le réformateur américain. Les gigantesques événements dont s<» patrie a été et est encore le tbéùtre, cette crise colossale qui, au moment où ces lignes sont écrites, marche vers un dénouement conforme à ses espérances après avoir réalisé toutes les craintes de son patriotisme éclairé, voilà le commentaiie le plus éloquent de cette existence prématurément brisée. J’espère donc que ce livre contribuera pour une part quelconque au mouvement plein de promesses qui entraîne le genre humain dans la voie du progrès religieux, moial et social. Je ne crois pas que notre siècle soit, comme on le dit souvent, plus irréligieux, plus immojal, plus mauvais que les autres. Je pense même qu’on pourrait sans trop de peine démontrer le contraire. Ce qui est vrai, c’est que,
par suite du développeiiieiit de rinstnictioii génélale, toutes les tendances possibles de l’esprit humain ont aujourd’hui leui*s organes et par conséquent leur puissance visible. 11 ne faut donc pas s’étonner de voir, aux deux pôles du domaine de la pensée, le matérialisme et la superstition s’aftirmei’ avec un retentissement dont le passé n’offre guère d’exemples, et proliter de tous les points d’appui que notre génération peut leur offrir dans les défailbinces et les misères qui lui sont propres. On ne doit ni fermer les yeux devant leur action énervante, ni s’en alarmer outre mesure. Mais il faut leur opposer la grande démonstration de vie et de puissance dont parle l’apôtre, et en parliculier empêcher que ce siècle n’oublie ceux de ses enfants qui ont vécu de ces trois amoui-s sacrées et solidaires : Dieu, l’homme et la liberté.